Wong Kar-wai n’écrit pas de scénario, trouve son rythme avec la musique et change tout le temps d’idées, a raconté le réalisateur de Hong Kong qui a montré en exclusivité «In the Mood for Love 2001». Wong Kar-wai aurait voulu s’en tenir à la projection de ce court métrage. «Je n’ai pas à faire de leçon, je fais beaucoup d’erreurs, alors je me suis dit qu’il fallait montrer le processus», a-t-il dit. In the Mood for Love 2001, variation sur le goût et sa fonction érotique, raconte l’histoire, à Hong Kong, aujourd’hui, d’une jeune femme délaissée par son mari, Maggie Cheung, qui vient traîner sa solitude dans l’épicerie fast-food de Tony Leung, où elle comble sa frustration en mangeant. Ce court est le «dessert» du long métrage In the Mood for Love, interprété par les mêmes acteurs et présenté l’année dernière au festival, a expliqué le réalisateur qui, au départ, voulait tourner un film sur la nourriture en trois histoires distinctes à trois époques différentes. «J’ai toujours des idées de courts, je pars avec deux-trois histoires et parfois cela devient un film», a-t-il expliqué. Wong Kar-wai filme et monte en même temps sans écrire de scénario, même s’il l’a dans sa tête. Graphiste à l’origine, puis écrivain, enfin réalisateur, il dit qu’il n’aime pas écrire. Il dit aussi que cela ne sert à rien : «On ne peut pas écrire les images, il y a l’ambiance, la musique, les acteurs, quand on l’écrit une scène n’a pas de rythme. (...) Quand j’ai commencé, je m’imaginais comme Hitchcock qui prévoyait tout. Mais je ne suis pas Hitchcock, je change tout le temps alors pourquoi se donner la peine». Son équipe, avec qui il travaille depuis quinze ans, a l’habitude. Surtout il y a la musique qu’il fait écouter à ses collaborateurs à défaut de faire lire un script. «C’est elle qui donne le rythme. Avant de commencer à tourner, j’ai toujours la musique en tête, elle me sert de référence, pour décrire un moment, une couleur». Wong Kar-wai a aussi l’habitude de faire plusieurs films en même temps. «Mon rêve serait de tourner 18 films en 18 mois. Pour moi, tourner c’est comme des vacances. C’est peut-être pour cela que c’est si long», poursuit-il, en rappelant qu’il a fait Chunking Express alors que les Cendres du temps étaient au montage et que In the Mood for Love pas encore achevé, il s’est mis sur son projet 2046, film-opéra sur le retour de Hong Kong à la Chine où il sera question de promesse et de trahison. Son unique conseil aux étudiants : «On apprend à faire des films dans la vie de tous les jours. Je leur dirai de voir autant de films que possible, les bons et les mauvais, car il y a toujours quelque chose à en retirer».
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