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Actualités - Chronologies

Raoul Ruiz explore l’ambiguïté des sentiments

Le cinéaste franco-chilien Raoul Ruiz, qui avait adapté avec bonheur Marcel Proust dans Le Temps retrouvé (Cannes 1999), s’est approprié cette année un chef-d’œuvre d’ambiguïté, Les âmes fortes de Jean Giono, présenté dimanche soir en clôture du Festival de Cannes (hors compétition). «Les personnages ont ce petit côté tordu que je connais bien», se délecte le réalisateur de Généalogies d’un crime (Ours d’argent à Berlin en 1997), qui évite presque tous les pièges de l’adaptation littéraire en costumes en filmant presque impassiblement ses personnages déroutants. Dans un rôle de campagnarde manipulée et manipulatrice, Laetitia Casta se révèle en actrice, loin de la «brillance miroitante» de sa dernière publicité pour une marque de rouge à lèvre. Et Arielle Dombasle trouve son plus beau rôle en bourgeoise fine et exaltée, jouissant de sa générosité. Dans la Provence austère de 1882, filmée en cinémascope, une jeune lingère, Thérèse (Laetitia Casta), fuit une vie sans horizon pour s’installer avec son compagnon Firmin (Frédéric Diefenthal) dans une bourgade de la Drôme. Elle y découvre qu’elle a du pouvoir sur les autres et que son Firmin est moins benêt qu’il n’y paraît. Elle provoquera la folle générosité d’un couple de bourgeois distingués (Arielle Dombasle et John Malkovich) qui finiront par se ruiner en toute lucidité. Le pari de Ruiz était risqué : former un couple de ruraux fascinants avec un top model de 23 ans et le héros de Taxi, saga urbaine et mouvementée. Des répétitions très subtiles Aussi Ruiz a-t-il emprunté des chemins détournés : «Avant de commencer Les âmes fortes, il s’est amusé à nous filmer en vidéo, en déclinant l’histoire sous différentes formes», raconte Frédéric Diefenthal. «Firmin et Mme Numance se rencontraient au paradis, Thérèse était emprisonnée... Ce furent des répétitions très subtiles pour que l’on devienne peu à peu les personnages». Laetitia avoue avoir «beaucoup travaillé avec un coach» («il n’y a pas de honte à ça», dit-elle). Et le résultat est là : juste le plus souvent, elle met à profit ce qu’elle a naturellement – son apparente solidité, sa grâce un peu gauche et sa fraîcheur de fleur des champs – pour mieux tromper son monde. Car telle est la Thérèse que décrit Giono : «Une beauté saine», «pleine de bonne volonté», «pas entièrement rustaude», mais aussi une «âme noire» qui se fait passer pour «bête et bonne» et «imagine les sentiments sans rien sentir». Frédéric Diefenthal, qui «exerça tous les métiers de l’hôtellerie et fut même apprenti coiffeur avant de devenir comédien», donne à Firmin le visage buté du ferronnier à l’air benêt et calculateur. Mais l’évidence du casting, c’est Arielle Dombasle. Elle a tout de la Mme Numance que décrivait Giono : «Ses jupes à longs plis, son chapeau à plumes, ses petits pas, ses yeux de loup», et même ce «petit air, pas précisément de moquerie, mais un peu». Les plus belles scènes sont celles qui réunissent Thérèse et Mme Numance, deux «âmes fortes» fascinées l’une par l’autre. «L’âme forte est celle qui a un dessein», disait Giono.
Le cinéaste franco-chilien Raoul Ruiz, qui avait adapté avec bonheur Marcel Proust dans Le Temps retrouvé (Cannes 1999), s’est approprié cette année un chef-d’œuvre d’ambiguïté, Les âmes fortes de Jean Giono, présenté dimanche soir en clôture du Festival de Cannes (hors compétition). «Les personnages ont ce petit côté tordu que je connais bien», se délecte le réalisateur de Généalogies d’un crime (Ours d’argent à Berlin en 1997), qui évite presque tous les pièges de l’adaptation littéraire en costumes en filmant presque impassiblement ses personnages déroutants. Dans un rôle de campagnarde manipulée et manipulatrice, Laetitia Casta se révèle en actrice, loin de la «brillance miroitante» de sa dernière publicité pour une marque de rouge à lèvre. Et Arielle Dombasle trouve son plus beau rôle...