Les accusations au vitriol portées samedi par les Palestiniens contre les États-Unis à la suite des bombardements de l’aviation israélienne de la veille expriment surtout la frustration croissante que leur inspire la politique de l’Administration Bush. Le ministre palestinien de l’Information, Yasser Abed Rabbo, a accusé dans un communiqué les États-Unis d’être «les principaux responsables de l’escalade de l’agression israélienne», affirmant que Washington avait été informé à l’avance par Israël des bombardements et estimant que cela avait été interprété par l’État juif comme «un feu vert» américain. Il s’agit des propos les plus violents contre Washington de la part d’un responsable de l’Autorité palestinienne depuis la création de celle-ci, mais aussi de la première attaque publique des Palestiniens contre l’Administration de George W. Bush. L’ambassade des États-Unis à Tel-Aviv a qualifié de «ridicules» les propos de M. Abed Rabbo et a catégoriquement démenti que les États-Unis aient été prévenus au préalable de ces raids, qui ont coûté la vie à 12 Palestiniens. Le motif apparent de la prise de position de M. Abed Rabbo est le fait que les chasseurs-bombardiers utilisés vendredi par Israël étaient, selon les Palestiniens, des F-16, des appareils de fabrication américaine qui représentent près du tiers de la force aérienne israélienne. Les Israéliens se sont refusés à le confirmer, se bornant à dire qu’ils avaient utilisé des avions de combat, mais il n’y avait guère de doute qu’il s’agissait bien de F-16. «Ils sont très en colère au sujet des raids d’hier», indiquait-on de source diplomatique pour expliquer la violence des propos de M. Abed Rabbo. Mais les vrais motifs de ces propos allaient bien au-delà, comme le prouve la liste des reproches que le ministre a faits à l’Administration Bush. Les sujets de friction entre l’Autorité palestinienne et Washington se sont, en effet, accumulés ces dernières semaines. Les Palestiniens n’apprécient pas, notamment, que le président Yasser Arafat n’ait toujours pas reçu d’invitation à se rendre à Washington et que le secrétaire d’État Colin Powell ne semble guère pressé de le rencontrer de nouveau, après une première rencontre en février. Pour sa part, M. Sharon a effectué une visite officielle à Washington en mars, dès son arrivée au pouvoir. Publiquement comme en privé, les Israéliens exhortent les Américains à ne pas inviter M. Arafat tant qu’il n’aura pas clairement tourné le dos à l’option de la violence. Pour M. Abed Rabbo, les responsables américains «tombent dans le piège des manœuvres politiques israéliennes lorsqu’ils font de la rencontre entre le président Arafat et l’Administration un élément de marchandage». «Il n’y a pas encore de confirmation, mais il semble qu’Arafat ne va pas obtenir de rendez-vous avec Powell, et encore moins avec Bush», poursuivait la source diplomatique. Dans ce contexte, la diatribe de M. Abed Rabbo ressemblait à une tentative de «forcer la main à Powell pour l’amener à rencontrer Arafat», ajoutait-on de même source, y voyant «une manœuvre politique». En outre, les États-Unis ont pris position cette semaine contre toute action du Conseil de sécurité de l’Onu pour tenter de stopper la violence. Venant deux mois après le veto mis par Washington au sein du Conseil de sécurité à un projet de résolution sur l’envoi d’une force internationale dans les territoires – une exigence fondamentale des Palestiniens –, cette attitude a accru la colère des Palestiniens. Ils sont aussi déçus que les États-Unis n’aient pas repris à leur compte le rapport Mitchell et ses recommandations. Sur le fond, les Palestiniens, qui espéraient de M. Bush un «rééquilibrage» de la diplomatie américaine au Proche-Orient après une Administration Clinton considérée comme outrageusement pro-israélienne, en sont visiblement pour leurs frais, Washington refusant toujours d’intervenir directement.
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