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Actualités - Opinions

IMPRESSIONS - Nocturnes

Le problème, à la ville, c’est qu’on ne peut pas toucher terre. Rien n’y rappelle le creuset originel, la poussière n’y est pas celle des chemins, et il n’est écrit dans aucun livre qu’au macadam nous reviendrons. Comme on marche de moins en moins, on ne se sent plus, et ne se sentant plus, on se croit. La nuit c’est pire. La ville vous fait sa gueule d’atmosphère, sa vie parallèle, son air de rien. La mer elle-même semble de lune. Mer de la Tranquillité, des Vapeurs, des Humeurs, Océan des Tempêtes. Mer du Froid. N’importe comment, la nuit, il fait froid. À la ville, il fait froid dans le dos : on est en pleine fiction. Un soir comme ça, dans un pub de Beyrouth (on disait café-musique). On mange, on boit, il y a de la lumière, on divague entre potes, on rit, on oublie la nuit. Tout au fond, la musique. Les vents, les cuivres, les cordes. Le pianiste semble au piquet. On le voit de profil. Son piano a le dos au mur. Faire comme s’il n’existait pas : la musique, c’est lui, et ça suffit. Et puis une voix. On croit la toucher avant de l’entendre. Une vague de soie qui se déroule et se froisse par moment. Ça vous enveloppe. Une bulle. On n’est plus qu’oreille. On se demande d’où ça vient. On la distingue, tout en noir, tout en regard derrière le micro. Ma Betfid. Une chanson de Ziad Rahbani. Les paroles sont bien en arabe. La musique ? on dirait. Comment savoir ? On passe de Jobim à Gilbert Bécaud (L’absence). Il y aura aussi Les feuilles mortes, Lullaby of Birdland. Ce n’est pas tant le répertoire. On ne parlera pas non plus de voix «à voix». En tout cas pas de celles qui portent en termes de puissance. Non, plutôt une texture qui vous rend l’air palpable et léger en même temps. Une coulée de velours qui vous prend à la gorge. Merci Monsieur Steinway, pour le piano, Monsieur Rolland, pour la sono, Monsieur Sony, pour le micro. Mais, ça, qui vous prend là, et qui vient de la chair ? Renseignement pris, c’est Randa Ghossoub. Elle chante encore Fly me to the moon. On s’croit dans du champagne. La ville, la nuit, vous a de ces surprises.
Le problème, à la ville, c’est qu’on ne peut pas toucher terre. Rien n’y rappelle le creuset originel, la poussière n’y est pas celle des chemins, et il n’est écrit dans aucun livre qu’au macadam nous reviendrons. Comme on marche de moins en moins, on ne se sent plus, et ne se sentant plus, on se croit. La nuit c’est pire. La ville vous fait sa gueule d’atmosphère, sa vie parallèle, son air de rien. La mer elle-même semble de lune. Mer de la Tranquillité, des Vapeurs, des Humeurs, Océan des Tempêtes. Mer du Froid. N’importe comment, la nuit, il fait froid. À la ville, il fait froid dans le dos : on est en pleine fiction. Un soir comme ça, dans un pub de Beyrouth (on disait café-musique). On mange, on boit, il y a de la lumière, on divague entre potes, on rit, on oublie la nuit. Tout au fond, la musique....