Nadim Karam parle peu. Ce qu’il fait de mieux, et qu’il fait surtout, c’est dessiner et dessiner encore, construire dans sa tête des formes, des installations pour enfin exécuter, des années plus tard, l’impossible. Pas de frontière géographique pour cet homme qui semble à la fois très jeune et très vieux, très froid mais dévoué jusqu’à l’obsession à son monde. enfant en lui demanda à Nadim Karam, il y a très longtemps, de lui dessiner un mouton, ou un éléphant, ou une girafe. Peu importe le nom qu’on lui donne… Il s’exécuta. Son dessin se sentit très vite très seul. Alors, l’architecte reprit ses crayons pour lui esquisser des compagnons de route et de vie. Les dessins se transformèrent en sculptures, personnages en trois dimensions avec une identité propre, une histoire, un chemin à suivre. Petit à petit, une procession se créa. Il l’appela la procession archaïque. «Procession, car ces personnages sont en mouvement perpétuel et archaïque car il y a en eux du primitif, du subconscient». C’est une des interprétations possibles, une des histoires inventées, retenues ; il y en a d’autres, enfermées dans la tête de Nadim. «Lorsque je vivais au Japon, je préparais de grandes manifestations culturelles et je devais dessiner la forme des participants. Certains étaient des animaux. Je les dessinais en procession. C’est une partie de l’explication». Aujourd’hui, ils sont 101 compagnons de route qui le suivent partout ou le mènent vers les destinations les plus folles. Surprenants, amusants, ils ont habillé Beyrouth de 1997 à l’an 2000, se sont baladés du Ring au bord de mer, en s’arrêtant un moment à la place Riad el-Solh, puis la place des Martyrs ; ils se sont illuminés la nuit ; quelques-uns ont même porté des accessoires fétiches et autres éléments colorés, pour noyer l’ennui d’une ville trop grise. Ils se reposent à présent en attendant d’autres voyages que Nadim construit – déjà – dans son monde. Un univers peuplé de formes amicales Pour saisir le monde de Nadim Karam, après avoir été séduit par toutes ces formes sorties de son imagination la plus folle, il faut réussir à décrypter son langage personnel, trouver le code d’accès et se lancer pour y perdre – à son tour – un peu de sa raison. Passion obsessionnelle qui fait tous les jours le tour de son esprit inaccessible et le tour d’un monde avide de rencontrer les personnages de sa procession archaïque. Ces ombres qui passent sont de grands voyageurs dans l’espace, porteurs de messages et d’histoires. Comme pour mieux souligner l’éphémère des choses et de la vie, ils surprennent, s’installent et puis repartent en laissant des traces définitives de leurs passages. Ils ont fait le tour du monde, ou presque, le tour des cultures, se promenant sur les affiches des métros parisiens, à Tokyo, sur le Pont Charles, à Prague, au Musée national libanais et au musée Sursock de Beyrouth. «Ce qui m’intéresse dans ce travail, c’est surtout la façon de faire bouger la procession, sa grandeur dans un contexte urbain, l’art public au niveau d’une ville et non d’une galerie. C’est un travail d’architecte et d’artiste». L’architecte, l’artiste et l’homme ont en effet été profondément imprégnés par les dix années passées au Japon, dix ans d’expérience, d’observation après avoir obtenu une maîtrise et un doctorat en architecture. «J’y ai été très impressionné par la perception, la conception et l’utilisation de l’espace. Les Japonais ont créé un art unique, très contemporain. Je reste encore impressionné par leur façon de penser, de manger, les odeurs, les goûts, les bruits. Ces gens-là vivent et travaillent différemment». De retour au pays en 1992, Nadim s’est attelé à construire ses rêves, des personnages, sculptures géantes, avec une histoire que lui seul saisit vraiment. «La “construction” d’un personnage est un travail d’architecte dans toutes ses étapes. De la conception à la réalisation, le travail est semblable à la construction d’un immeuble». Mais ces constructions – d’un rêve – prennent des années de recherches et de travail. Les deux projets à venir, parmi d’autres, et qui prennent le temps – qui reste – de Nadim, outre l’université NDU dont il est le doyen de la faculté d’architecture, d’art et de design, «un projet au Japon, dont la réalisation, si elle est possible, est prévue pour l’an 2002. Il s’agit d’installer mes 101 sculptures sur la pente du temple Todaiji, à Nara, au Japon, entourées de trois fleurs géantes, des fleurs magiques qui font partie d’un rituel, créé par le moine Jitsu et célébré chaque année depuis 1 300 ans». Autre civilisation, autre projet et voyage, Londres, «une girafe géante en train de digérer la Serpentine Gallery pour réapparaître dix fois plus petite… dans la cour du Musée d’art moderne de Dublin». Pour saisir le monde de Nadim, sans doute faut-il également et enfin lire entre les lignes de l’ouvrage Voyage paru aux éditions Booth-Clibborn et qui retrace les voyages de l’esprit et de la créativité de l’artiste-auteur. Les voyages achevés et ceux à venir. Ou tout simplement… se laisser séduire par ces créatures venues d’un monde sans doute meilleur.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Nadim Karam parle peu. Ce qu’il fait de mieux, et qu’il fait surtout, c’est dessiner et dessiner encore, construire dans sa tête des formes, des installations pour enfin exécuter, des années plus tard, l’impossible. Pas de frontière géographique pour cet homme qui semble à la fois très jeune et très vieux, très froid mais dévoué jusqu’à l’obsession à son monde. enfant en lui demanda à Nadim Karam, il y a très longtemps, de lui dessiner un mouton, ou un éléphant, ou une girafe. Peu importe le nom qu’on lui donne… Il s’exécuta. Son dessin se sentit très vite très seul. Alors, l’architecte reprit ses crayons pour lui esquisser des compagnons de route et de vie. Les dessins se transformèrent en sculptures, personnages en trois dimensions avec une identité propre, une histoire, un chemin à...