Au début de la nouvelle intifada, l’armée israélienne a utilisé des balles de caoutchouc contre les manifestants palestiniens. Puis elle a tiré à balles réelles. Aujourd’hui, elle a recours à des missiles et à l’aviation. Les manifestants palestiniens ont de leur côté commencé par jeter des pierres, avant de se servir de fusils d’assaut et de mortiers, voire, dans certains cas, de poser des bombes ou de commettre des attentats-suicide. Après près de huit mois de soulèvement, les affrontements entre Tsahal et les Palestiniens ont pris des airs de guerre d’usure opposant l’armée la plus puissante du Proche-Orient à des combattants peu armés et peu entraînés. Depuis l’arrivée au pouvoir en mars d’Ariel Sharon, qui a promis aux Israéliens de rétablir la sécurité, l’État hébreu a eu recours à des armes de plus en plus puissantes pour essayer de mettre fin au soulèvement palestinien contre 34 années d’occupation. Les incursions militaires dans des territoires sous contrôle palestinien depuis la signature d’accords de paix intérimaires en 1993 et l’utilisation de missiles et d’obus de chars sont devenues presque routinières depuis deux mois. Cette semaine encore, des hélicoptères israéliens ont tiré des missiles sur des locaux des forces de sécurité palestiniennes en Cisjordanie et dans la bande de Gaza. En visite à New York, le ministre israélien de la Sécurité publique, Uzi Landau, a déclaré que l’État hébreu intensifiait son activité pour se «protéger» et a prévenu qu’il envisageait de «combattre à outrance» les Palestiniens, pour mettre fin aux violences. «Il semble qu’il y ait un changement dans la nature des confrontations», estime Mark Heller, chercheur au centre d’études stratégiques de l’Université Jaffee de Tel-Aviv. «Par rapport aux deux premiers mois (du soulèvement), il y a de moins en moins de confrontations populaires massives et plus de véritables affrontements militaires impliquant peu de monde, notamment du côté palestinien», a-t-il ajouté. Israël affirme avoir limité son usage de la force, ce que conteste l’analyste palestinien Mahdi Abdoul-Hadi : «Sharon est un général de l’armée. Il est en train de déclencher une guerre contre les Palestiniens». La bataille est en désormais dirigée contre les forces de sécurité palestiniennes, mises en place dans le cadre des accords d’Oslo et qui comptent 35 000 hommes. La police palestinienne assure qu’elle a des ordres stricts lui intimant de ne pas ouvrir le feu sur les Israéliens, sauf en cas d’incursion armée israélienne ou pour protéger des civils palestiniens. Ces propos sont corroborés par des témoins. Israël accuse pour sa part les forces de sécurité palestiniennes de contribuer à la préparation et à l’exécution des attentats, ce qu’elles démentent. Une grande partie des 425 Palestiniens tués depuis le début de l’insurrection sont membres des forces de sécurité. Avant l’attentat qui a tué plusieurs Israéliens vendredi à Netanya, le bilan de l’intifada était de 80 morts côté israélien et de 13 morts dans la communauté arabe israélienne. «Il (Sharon) essaye de dépeindre cela comme une guerre. C’est en fait une guerre d’un seul côté. Les Palestiniens ne font que se défendre», estime Salah al-Taamari, député palestinien. L’État hébreu affirme que ce sont les Palestiniens qui l’agressent et qu’il ne fait que se protéger en empêchant de nouveaux attentats ou en punissant les agresseurs. Sharon a changé les règles du jeu le mois dernier, en procédant à la réoccupation d’une partie de la bande de Gaza sous contrôle palestinien, en réaction à des tirs de mortier palestiniens. Les États-Unis ont réagi en qualifiant cette initiative de «grave escalade». Depuis, l’armée a le feu vert de Sharon et de son ministre de la Défense pour frapper les Palestiniens à chaque fois qu’elle le juge nécessaire. Le recours à des armes de plus en plus puissantes est ainsi présenté comme une nécessité pour défendre les soldats et les colons israéliens contre les tirs de mortiers palestiniens, mais les Palestiniens, comme l’Onu, accusent l’État hébreu d’usage excessif de la force. Israël qualifie ses tirs de missiles de frappes ciblées contre des cibles stratégiques, mais ils ont détruit plusieurs dizaines de maisons et bien d’autres habitations ont été rasées lors des incursions de l’infanterie israélienne en territoire palestinien, qui visent à prévenir de nouveaux attentats. Certains Israéliens souhaitent que l’action militaire soit encore renforcée, mais les analystes militaires pensent qu’Israël ne peut pas aller beaucoup plus loin. «Je ne suis pas sûr qu’il soit possible de faire beaucoup plus. Je ne pense pas qu’il (Sharon) réoccupera la zone A (sous contrôle palestinien) et je ne pense pas qu’Israël utilisera la force aérienne», pense M. Heller. Son analyse devait être contredite peu après, l’aviation israélienne ayant bel et bien bombardé Naplouse et Ramallah. Côté palestinien, le recours à des armes plus puissantes est aussi à double tranchant, car il risque d’entraîner des ripostes encore plus musclées de Tsahal. Certains observateurs pensent qu’Israël pourrait même finir par s’en prendre à l’Autorité palestinienne elle-même. Selon M. Heller, le gouvernement israélien considère cependant toujours que l’Autorité représente une part du problème mais aussi un élément pour le résoudre, ce qui signifie qu’il pense qu’elle peut être la clé pour mettre fin aux violences.
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