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Actualités - Chronologies

Lynch embrouille son monde

Avec David Lynch, la problématique du spectateur est simple : ne rien avoir saisi de ses films n’empêche nullement de les apprécier, l’ambiance bizarre et malsaine suppléant au manque de compréhension, et c’est bien ainsi que se présente Mullholland Drive, son dernier long métrage présenté à Cannes en compétition. Couronné de la Palme d’or en 1990 pour Sailor and Lula, Lynch propose avec Mullholland Drive, une route célèbre de Los Angeles, une histoire qui baigne dans une atmosphère onirique habituelle chez lui et gravite dans les milieux du cinéma. On n’est jamais plus à l’aise que chez soi. Mullholland Drive «est une route qui n’a pas changé des années durant et qui a été le lieu de bien des faits divers. Il y fait très sombre la nuit. C’est une route qui fait peur, mystérieuse», a expliqué Lynch à Reuters. Un bel accident de la route ouvre Mullholland Drive. N’en réchappe que Rita (Laura Elena Harring), devenue amnésique. Elle est recueillie par Betty Elms (Naomi Watts), une aspirante à la gloire hollywoodienne, et toutes deux se mettent en chasse pour retrouver le passé de Rita. Il apparaît peu à peu que Rita était la vedette d’un film du cinéaste Adam (Justin Theroux) mais aussi que la mafia souhaitait placer une de ses protégées à sa place. L’enquête des deux jeunes femmes, qui entre-temps auront noué une relation bien plus qu’amicale, les amène dans un cabaret-théâtre où un inquiétant magicien les plongera dans une autre dimension ou dans les limbes, au choix. Une mystérieuse petite boîte cubique bleue, que l’on ne peut ouvrir qu’avec une clé de même couleur, jouera aussi un rôle primordial dans cette plongée abyssale. Personnages incongrus et inquiétants, jeu de couleurs saturées (bleu métallique de la clé, robe rouge vif de Rita), ballade vaguement plaintive du compagnon de route Angelo Badalamenti qui évolue dans le courant du film en une onde sonore menaçante : tous les ingrédients que, pour la plupart, Lynch avait abandonnés dans Une histoire vraie (Cannes, 1999), se retrouvent dans son dernier long métrage. Y compris le sentiment tenace chez le spectateur d’avoir été hypnotisé par un magicien de la pellicule et d’avoir de ce fait manqué plusieurs chapitres de l’histoire. Car à partir de la plongée, Naomi Watts n’interprète plus Betty Elms mais une autre blonde – ou alors c’est la même qui sait ? – qui entretient la même relation saphique avec Rita et ne supportera pas l’annonce du futur mariage de l’actrice avec son réalisateur. Pas d’effet « Eureka ! » «J’ai le sentiment qu’en fait, on comprend ce film, mais avec l’intuition, et non pas avec l’intellect ; il n’y a pas d’effet “Eureka !”», a expliqué le réalisateur du Montana. «Il y a dans l’existence des abstractions que l’on ressent. On sait ce qui se passe mais on ne peut pas l’exprimer. C’est de ça qu’il s’agit ici». L’auteur de la légendaire série télévisée Twin Peaks avait à l’origine proposé Mullholland Drive comme série à la chaîne ABC mais celle-ci, mise à genoux par l’ampleur prise par le projet, a jeté le gant et transmis le bébé à StudioCanal qui a financé Lynch pour qu’il en fasse un long métrage.
Avec David Lynch, la problématique du spectateur est simple : ne rien avoir saisi de ses films n’empêche nullement de les apprécier, l’ambiance bizarre et malsaine suppléant au manque de compréhension, et c’est bien ainsi que se présente Mullholland Drive, son dernier long métrage présenté à Cannes en compétition. Couronné de la Palme d’or en 1990 pour Sailor and Lula, Lynch propose avec Mullholland Drive, une route célèbre de Los Angeles, une histoire qui baigne dans une atmosphère onirique habituelle chez lui et gravite dans les milieux du cinéma. On n’est jamais plus à l’aise que chez soi. Mullholland Drive «est une route qui n’a pas changé des années durant et qui a été le lieu de bien des faits divers. Il y fait très sombre la nuit. C’est une route qui fait peur, mystérieuse», a expliqué...