Obligés de composer avec des budgets qui correspondent parfois au seul coût d’une fête lancée par un grand studio, les réalisateurs indépendants tentent de faire entendre leur voix à Cannes, où ils disposent des sections parallèles. Réunis à l’initiative de l’Independent Feature Project, une dizaine d’entre eux ont débattu de leurs problèmes au cours d’une table ronde. Étaient ainsi rassemblés Alan Cumming et Jennifer Jason Leigh, deux comédiens qui viennent de coréaliser The Anniversary Party (présenté dans la section Un certain regard), Arliss Howard, acteur lui aussi, derrière la caméra avec Big Bad Love (au programme de La Quinzaine des réalisateurs), coproduit par son épouse la comédienne américaine Debra Winger. Il y avait aussi le Français Michel Gondry, venu de la publicité et du clip (Bjork notamment), dans le grand bain, hors compétition, pour la première fois avec Human Nature, un conte de science-fiction moderne avec Patricia Arquette. Tous sont d’accord sur un point : face aux «majors», une seule alternative est possible lorsqu’on dispose d’un budget de 8 à 10 millions dollars, et parfois encore moins : «l’imagination». «Mais Hollywood a franchisé dans le monde entier une certaine façon de raconter une histoire, c’est difficile de lutter contre ce modèle», regrette ainsi Wayne Wang (Hong Kong), dont The Center Of The World a été présenté jeudi soir en sélection officielle. Cercle vicieux Pour surmonter l’obstacle de l’argent, les indépendants ont trouvé un allié dans le numérique. C’est avec de petites caméras digitales que Jennifer Jason Leigh et Alan Cumming (comme Jean-Luc Godard) ont ainsi tourné The Anniversary Party, une chronique douce-amère qui a pour toile de fond les affres et ambitions de jeunes acteurs et artistes de Hollywood. À défaut d’avoir de l’argent, «on peut toujours faire tourner ses amis», plaisante Alan Cumming, dont le film réunit une belle brochette de vedettes, notamment Gwyneth Paltrow et Kevin Kline, qui épicent ainsi une distribution d’inconnus du grand public. Une fois le film mené à bien, l’indépendant n’est pourtant pas au bout de ses peines. Amos Kollek, cinéaste d’origine israélienne qui s’est fait un nom avec Fiona et Fast Food, Fast Women (présenté en compétition l’an dernier), déclare : «Avec un film, on peut faire 80 festivals d’est en ouest aux États-Unis et ne pas avoir ramassé un centime pour autant». Son film Queenie In Love clôturera la Quinzaine, car le nœud du problème est la distribution. Sans gros studio derrière lui, le film a peu de chance d’avoir accès à une large distribution en salles. Et si le réalisateur veut l’appui d’une «major», il lui faut avoir une histoire formatée pour accrocher l’attention de décideurs, qui, comme le disait Francis Coppola il y a quelques jours, «pensent plus souvent à leur bonus de fin d’année qu’à l’art». Un véritable cercle vicieux. D’où cette proposition de Wayne Wang, en revenir au terrain des ciné-clubs, de la distribution «militante», via les universités. Mais là encore, il s’empresse de nuancer : «Si ça devient rentable, les grands circuits mettront la main dessus»...
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Obligés de composer avec des budgets qui correspondent parfois au seul coût d’une fête lancée par un grand studio, les réalisateurs indépendants tentent de faire entendre leur voix à Cannes, où ils disposent des sections parallèles. Réunis à l’initiative de l’Independent Feature Project, une dizaine d’entre eux ont débattu de leurs problèmes au cours d’une table ronde. Étaient ainsi rassemblés Alan Cumming et Jennifer Jason Leigh, deux comédiens qui viennent de coréaliser The Anniversary Party (présenté dans la section Un certain regard), Arliss Howard, acteur lui aussi, derrière la caméra avec Big Bad Love (au programme de La Quinzaine des réalisateurs), coproduit par son épouse la comédienne américaine Debra Winger. Il y avait aussi le Français Michel Gondry, venu de la publicité et du clip (Bjork...