La transition à la tête de l’Administration américaine a rendu plus aléatoires les questions de sécurité en Asie dans leur ensemble, souligne le rapport annuel de l’IISS. «Après huit ans d’Administration Clinton au cours desquelles la Chine avait été adoptée comme “partenaire stratégique”, la tension s’aggrave avec Pékin considéré comme un concurrent stratégique par la nouvelle Administration plus encline de surcroît à armer Taïwan», souligne le document. Le Japon lui est confronté à des «choix difficiles» concernant l’accroissement de son rôle régional en matière de sécurité en complément de la stratégie plus agressive des États-Unis, explique l’IISS. Sur la péninsule coréenne, l’Administration Bush a «entravé le style diplomatique de la Corée du Sud». Si l’ancien président Bill Clinton appuyait les ouvertures de Séoul en direction de Pyongyang, le président George W. Bush en revanche est très sceptique. L’Asie du Sud constitue une région où l’action de l’équipe Bush a eu peu d’influence dans la mesure où elle est en train de se figer du fait de l’équilibre de la dissuasion nucléaire entre Inde et Pakistan tandis que la crise du Cachemire est stabilisée. Les relations entre New-Delhi et Islamabad constituent un banc d’essai pour les théories touchant à l’équilibre de la terreur nucléaire, mais l’équilibre des forces dans le sous-continent n’est pas clair dans la mesure où, comme on peut s’y attendre, ces pays possédant depuis peu l’arme nucléaire se trouvent encore dans la phase d’acquisition et de développement. En revanche, dans le Sud-Est asiatique, des éléments perturbateurs sont générés par les situations intérieures, souligne l’IISS. L’Indonésie est confrontée à plusieurs mouvements séparatistes au moment même où le président Wahid, «dirigeant incapable et brouillon», court le risque d’être déchu. Aux Philippines, le président Joseph Estrada a été chassé du pouvoir par une révolte populaire engendrée par un scandale touchant à la concussion et aux abus de pouvoir qui ont laissé un pays ruiné et criblé de dettes. Les tensions frontalières entre la Thaïlande et la Birmanie se sont envenimées dans la mesure où Rangoun fait preuve de laxisme à l’égard du trafic de drogue et où l’association des pays du Sud Est asiatique (ASEAN) fait de plus en plus preuve d’inefficacité, affirme l’IISS. Pour l’Institut d’études stratégiques, l’Asie du Sud-Est est handicapée pour agir en qualité d’entité stratégique en raison de sa «paralysie institutionnelle». Cette dernière a été particulière flagrante lorsque l’ASEAN n’a pas été en mesure d’assumer un rôle dirigeant ou de venir en aide lors de la crise du Timor Est, souligne l’Institut de Londres. L’ASEAN est une «institution qui manque de force politique et ce groupe est de moins en moins en mesure de s’exprimer de manière convaincante d’une seule voix», affirme le rapport. «Sur le plan économique, les effets positifs attendus de l’entrée de la Chine dans l’Organisation mondiale du commerce (OMC) vont vraisemblablement être contrebalancés par une concurrence amplifiée qui va générer une instabilité à l’intérieur des pays et rendre de plus en plus difficile la croissance». L’économie du Japon ne semble pas prête de sortir de son marasme. Le «Pakistan et l’Indonésie confrontés à un casse-tête économique ont besoin d’une aide du Fonds monétaire international que ce dernier est réticent à accorder en raison de la politique de leurs dirigeants», affirme l’IISS. «Alors que beaucoup de pays asiatiques sont plongés dans des troubles intérieurs ou régionaux, la seule note positive est venue en 2000 de la Corée du Nord de ses initiatives diplomatiques», affirme le rapport qui souligne cependant que le maître de Pyongyang, Kim Jong-Il, demeure «ambigu et imprévisible».
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