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Actualités - Chronologies

Le fabuleux destin d’un cinéaste inuit

Zacharias Kunuk avait 9 ans en 1966 quand il vit son premier homme blanc, 24 ans quand il acheta à Montréal la première caméra vidéo de l’Arctique. Aujourd’hui, l’«Esquimau» d’Igloolik présente, en section officielle du Festival de Cannes, son premier long métrage de fiction Atanarjuat (L’homme rapide). Rencontrer Kunuk sur la Croisette fait l’effet d’un changement de planète. «Il est de la génération de ceux qui ont changé de monde en une vie», dit de lui le directeur de la photographie et coscénariste du film, Norman Cohen. «Il est né dans l’ancienne vie, dans une sorte d’igloo, du temps où ses parents étaient encore nomades, et il évolue dans la nouvelle vie avec son ordinateur et sa caméra numérique». Loin, très loin d’Igloolik, sa petite île du Grand Nord canadien où 1 200 personnes vivent en communauté, l’homme à la peau cuivrée présente l’«histoire typiquement inuit» d’un petit groupe de nomades frappé par un mal inconnu, il y a des centaines d’années. Ou comment Atanarjuat, le plus véloce des chasseurs de phoques et de caribous, s’attira les foudres d’Oki, le fils vantard du chef de campement, en gagnant la main de la ravissante Anuat. Pour un budget de 1,3 million de dollars, Atanarjuat fut tourné en six mois à la caméra numérique, sur la glace de mer, la toundra et les plaines rocheuses. «Vous pensez que nous sommes folkloriques. Mais qui est sophistiqué, qui est naïf ?», interroge Norman Cohen, ancien vidéaste new-yorkais, installé depuis quinze ans dans le «paradis» d’Igloolik. «Nous, nous voyons un peu comme les zapatistes du Chiapas. Pauvres, mais chanceux de lutter pour la préservation de notre monde à part». Reçu dans les musées et festivals du monde entier, Kunuk n’a pas changé. «Je continue à réparer moi-même ma moto-neige et à chasser le phoque», répond-il en anglais, la langue des hommes blancs qu’il n’apprit qu’à 9 ans. «Le gouvernement canadien obligeait alors les nomades à se stabiliser dans le village administratif d’Igloolik, en échange du peu d’argent des prestations sociales». Samedi soir, on y projetait des films 16 mm dont le héros était... John Wayne. Kunuk devint sculpteur, puis réalisateur de courts programmes pour la télévision inuite, sous le contrôle pesant des «Blancs du gouvernement». En 1985, il créait avec trois compères la première société de production indépendante du Grand nord canadien. Une vingtaine de films plus tard, il promène sa petite caméra au Festival de Cannes qui ne le fascine pas. Il préférerait «chasser le loup» chez lui, «là où l’on peut être stone” sans boire d’alcool, juste par l’effet des lumières».
Zacharias Kunuk avait 9 ans en 1966 quand il vit son premier homme blanc, 24 ans quand il acheta à Montréal la première caméra vidéo de l’Arctique. Aujourd’hui, l’«Esquimau» d’Igloolik présente, en section officielle du Festival de Cannes, son premier long métrage de fiction Atanarjuat (L’homme rapide). Rencontrer Kunuk sur la Croisette fait l’effet d’un changement de planète. «Il est de la génération de ceux qui ont changé de monde en une vie», dit de lui le directeur de la photographie et coscénariste du film, Norman Cohen. «Il est né dans l’ancienne vie, dans une sorte d’igloo, du temps où ses parents étaient encore nomades, et il évolue dans la nouvelle vie avec son ordinateur et sa caméra numérique». Loin, très loin d’Igloolik, sa petite île du Grand Nord canadien où 1 200 personnes...