Dennis Tito est un chanceux : à 60 ans, après des années de rêve et à force d’obstination, il est devenu le «premier touriste de l’espace». Surtout, parce qu’il a pu se permettre d’acquitter le prix du billet : 20 millions de dollars. «Toujours plus haut» pourrait être la devise de ce riche homme d’affaires américain, fils d’immigrants d’origine italienne, parti de rien. La silhouette est frêle, 1,64 m pour 63 kg, et le crâne largement dégarni mais la démarche résolue, le regard plein d’intelligence, l’optimisme inébranlable trahissent chez lui l’assurance de ceux qui aiment conquérir les sommets. Sa fascination pour les étoiles est une vieille histoire d’amour qui remonte à l’adolescence, lorsqu’il regarde à la télévision en 1957 le lancement du Spoutnik russe. «Ce que j’ai vu là, à 17 ans, m’a conduit à étudier l’ingénierie spatiale», se souvient-il. En 1964, il rejoint le Jet Propulsion Laboratory, le centre de recherches de la Nasa installé à Pasadena, en Californie. Il y est chargé de calculer les trajectoires des sondes Mariner 4 et 5 qui s’envolent vers Mars et Vénus. Il s’enquiert auprès de la Nasa de la marche à suivre pour devenir astronaute. Mais, conscient des réalités, il range son rêve au placard, quitte son boulot mal payé et se lance dans les affaires. En 1972, il fonde sa propre société d’investissements. Avant d’atteindre la quarantaine, Dennis Tito a déjà empoché son premier million. Son entreprise, Wilshire Associates, est aujourd’hui l’une des plus grosses du pays. Quant à sa fortune personnelle, elle est évaluée à 200 millions de dollars. Dennis Tito n’oublie pas ses premières amours. En 1991, lors d’un voyage d’affaires dans l’ex-URSS, il contacte les Russes pour en savoir plus sur le «programme d’invités» mis en place à bord de la station Mir. L’an dernier, MirCorp, une société néerlandaise qui tente de commercialiser l’accès à la station Mir, le contacte pour savoir s’il est toujours intéressé. En avril, un accord est signé. Il attaque l’entraînement, délaissant sa Ferrari et sa luxueuse villa de 2 800 m2 à Pacific Palisades (Californie) pour un petit meublé spartiate sur le «front russe», comme les Américains aiment à surnommer la Cité des Étoiles. Là, il y apprend le russe, se familiarise avec le vaisseau Soyouz, subit une accélération de huit G, soit huit fois son poids, dans la centrifugeuse. Mais Tito joue encore de malchance. Les Russes décident de détruire Mir, devenue trop coûteuse à entretenir. Qu’à cela ne tienne, Rosaviakosmos, l’agence spatiale russe, lui promet un tour dans la Station spatiale internationale (ISS). Il répond présent. Malgré l’opposition de la Nasa, inquiète de son manque de professionnalisme, il partira de Baïkonour, au Kazakhstan, le 28 avril 2001.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Dennis Tito est un chanceux : à 60 ans, après des années de rêve et à force d’obstination, il est devenu le «premier touriste de l’espace». Surtout, parce qu’il a pu se permettre d’acquitter le prix du billet : 20 millions de dollars. «Toujours plus haut» pourrait être la devise de ce riche homme d’affaires américain, fils d’immigrants d’origine italienne, parti de rien. La silhouette est frêle, 1,64 m pour 63 kg, et le crâne largement dégarni mais la démarche résolue, le regard plein d’intelligence, l’optimisme inébranlable trahissent chez lui l’assurance de ceux qui aiment conquérir les sommets. Sa fascination pour les étoiles est une vieille histoire d’amour qui remonte à l’adolescence, lorsqu’il regarde à la télévision en 1957 le lancement du Spoutnik russe. «Ce que j’ai vu là, à...