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Actualités - Chronologies

La capitale du silence

Un silence ouaté règne sur la capitale de la Corée du Nord stalinienne alors que des silhouettes furtives glissent le long des avenues désertes de Pyongyang et, aux coins des rues, des soldats bavardent à voix basse ou se partagent une cigarette. Parfois l’une de ces ombres détale dans l’un des blocs de béton semés le long des ternes rues du centre de la capitale communiste, mais d’ordinaire elles marchent dans le silence. La nuit, les artères de Pyongyang ont un aspect fantomatique, éclairées seulement par les reflets des illuminations du visage souriant du fondateur de ce régime stalinien, Kim Il-Sung, qui rayonne sur les murs décrépis. Une fois que trams et bus à deux étages se sont arrêtés, un silence de plomb s’étire pendant des heures, interrompu seulement par les rares passages de véhicules isolés. Le seul signe d’activité extérieure se trouve sur la petite place faisant face à la principale gare de chemin de fer : un groupe d’adolescents entonnent des chants patriotiques accompagnés de danses. Quelques-uns de ces très jeunes gens sourient à l’étranger, les adultes eux détournent les yeux. Dans les rues adjacentes on trouve une poignée de restaurants et de bars faiblement éclairés donnant l’impression fausse d’attendre le client. Les menus sont rangés sur les tables de même que couteaux et fourchettes, mais les chaises sont vides et les portes closes. Le seul établissement ouvert est un bar karaoké géré par des fonctionnaires à quelques mètres de l’hôtel Kyoro, établissement dans lequel obligatoirement les étrangers doivent descendre. L’entrée est à 25 dollars, une somme prohibitive dans un pays en proie à une famine qui a causé des centaines de milliers de morts ces dernières années. Jeter un œil dans les petits logements de Pyongyang donne un aperçu du bizarre culte de la personnalité mis en place par «le Grand Leader» Kim Il-Sung et entretenu par son fils Kim Jong-Il au pouvoir depuis la mort du père en 1994. Sous une seule ampoule nue qui se balance au plafond, les murs sont ornés de toujours les mêmes images de Kim Jong-Il visitant ici une usine, là des unités de l’armée ou encore des édifices à la gloires de son défunt père. La télévision montre encore Kim lors de sa rencontre mercredi avec les dirigeants de l’Union européenne dont le Premier ministre suédois Goran Persson, qui séjournent à Pyongyang depuis deux jours afin de stimuler le processus de paix intercoréen. Ce voyage de dirigeants étrangers est passé pratiquement inaperçu dans les rues de cette cité où il est difficile de faire la part du vrai et du faux, de ce qui est organisé et de ce qui est spontané. Les échanges verbaux sont rares. «C’est la politique de notre peuple et de notre gouvernement de développer de bonnes relations avec les pays amis», affirme Ri Song-Jin, un enseignant de 42 ans, qui accepte d’échanger quelques mots au hasard d’une rencontre dans le métro. À l’heure où l’aube pointe, des flots de passants s’entrecroisent dans la ville soit en direction des cheminées qui enfument le ciel de Pyongyang soit pour rejoindre l’une des files d’attente qui flanque à chaque arrêt de bus ou de tram. Chantant leur fidélité à la mère patrie, des soldats rejoignent au pas de l’oie les files d’attentes tandis que les officiers supérieurs passent à bord de Mercedes. Sous le regard de l’omniprésent homme en costume sombre avec un macaron à l’effigie de Kim Il-Sung au revers de la veste, des dizaines d’enfants jouent au football dans un parc poussiéreux. Tout comme pour les restaurants, il est difficile de dire si les magasins sont ouverts, fermés ou imaginaires. Sur certaines vitrines on peut voir des bouteilles de sodas couvertes de poussière et des paquets de biscuits chinois. Mais derrière, il n’y a rien. Un bric-à-brac de produits, allant du poste de télévision de fabrication chinoise à 800 dollars jusqu’aux copies nord-coréennes du «Roi Lion» occupe les présentoirs du grand magasin de la gare de chemin de fer. La femme de ménage nettoie énergiquement le sol, les vendeuses surveillent attentivement le chaland mais le tiroir caisse, lui, reste obstinément silencieux.
Un silence ouaté règne sur la capitale de la Corée du Nord stalinienne alors que des silhouettes furtives glissent le long des avenues désertes de Pyongyang et, aux coins des rues, des soldats bavardent à voix basse ou se partagent une cigarette. Parfois l’une de ces ombres détale dans l’un des blocs de béton semés le long des ternes rues du centre de la capitale communiste, mais d’ordinaire elles marchent dans le silence. La nuit, les artères de Pyongyang ont un aspect fantomatique, éclairées seulement par les reflets des illuminations du visage souriant du fondateur de ce régime stalinien, Kim Il-Sung, qui rayonne sur les murs décrépis. Une fois que trams et bus à deux étages se sont arrêtés, un silence de plomb s’étire pendant des heures, interrompu seulement par les rares passages de véhicules isolés. Le...