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Actualités - Opinions

IMPRESSIONS - Le monde est le village - des autres

Comptoirs, hameaux, villages, bourgs, villes, pays, nations, empires. Autant de frontières tracées en lignes de sang, à chaque fois que la géologie n’a pas suffi à contenir la folie conquérante des hommes. Cette agitation violente obéissait-elle à quelque loi physique, que la course démente du monde semble aujourd’hui toucher à l’inertie ? Ou que dans la géante centrifugeuse du globe les particules s’agglutinent et les pays s’assemblent en blocs massifs ? Tout à coup, la vérité est la même, en deçà comme au-delà des Pyrénées. Et puis quelles Pyrénées ? à présent qu’on peut les voir d’en haut, un pli, un drapé, un feston de l’Europe. Non pas que l’archaïsme ait disparu avec le progrès, bien au contraire : l’instinct grégaire n’a jamais été aussi dominant, à la différence que désormais il s’offre une dimension planétaire : vivre ensemble, non plus à l’échelle d’une nation, mais d’un ou de plusieurs continents, partager les mêmes angoisses de survie, le même avenir qui déchante, les mêmes épidémies, mais aussi les mêmes fêtes, les mêmes musiques, les mêmes habitudes vestimentaires, les mêmes goûts, les mêmes aspirations et suivre les mêmes tendances. Courir ensemble sur les mêmes autoroutes virtuelles qui ne connaissent ni péages, ni limitations de vitesse, ni postes frontaliers. S’aimer sans se connaître dans l’intimité des boîtes de dialogue. Tchatcher à loisir sur le Chat , et dire à longueur de journée tout ce dont on n’a rien à dire. Communiquer est un pays que chacun domine par la fenêtre de son ordinateur. Le soleil ne s’y couche jamais, pas plus qu’il ne se lève : il irradie d’une lumière sui generis, et ignore le temps qui passe, malgré la petite horloge en bas de l’écran qui, elle, a une science innée de l’heure d’été. Oui, le monde est bien un village où tout le monde parle toutes les langues à la fois et ,ô prodige, les comprend presque toutes. Il est loin le temps de Babel où, pour leur faire arrêter le chantier monstrueux qui devait les conduire au ciel, Dieu avait frappé les bâtisseurs d’une malédiction étrange : parlant tout à coup des langues différentes et ne parvenant plus à s’entendre, ils ont dû interrompre leur entreprise bien en deçà de la stratosphère. (Signe des temps, aujourd’hui, on a réussi à y creuser un trou !). Tout ça pour dire que dans cette belle entente parfois traversée de légers malentendus, il y a, devinez où, un carré d’irréductibles. Leurs frontières, eux, ils veulent les toucher. Forcer leurs contours quand ils sont incertains. Accentuer les limites quand d’autres s’évertuent à les repousser. Qu’on les comprenne : tombés dans des sables mouvants, ils doivent s’accrocher aux bords. Le Liban veut les fermes de Chebaa. Il en a besoin pour devenir adulte, pour finir de se tâter, pour enfin prendre forme. Ou n’est-ce qu’un prétexte pour continuer à exercer sa force d’inertie dans le processus de paix régional ? La mondialisation pour nous, c’est encore le village de Chebaa contre le reste du monde. Qui l’emportera ?
Comptoirs, hameaux, villages, bourgs, villes, pays, nations, empires. Autant de frontières tracées en lignes de sang, à chaque fois que la géologie n’a pas suffi à contenir la folie conquérante des hommes. Cette agitation violente obéissait-elle à quelque loi physique, que la course démente du monde semble aujourd’hui toucher à l’inertie ? Ou que dans la géante centrifugeuse du globe les particules s’agglutinent et les pays s’assemblent en blocs massifs ? Tout à coup, la vérité est la même, en deçà comme au-delà des Pyrénées. Et puis quelles Pyrénées ? à présent qu’on peut les voir d’en haut, un pli, un drapé, un feston de l’Europe. Non pas que l’archaïsme ait disparu avec le progrès, bien au contraire : l’instinct grégaire n’a jamais été aussi dominant, à la différence que...