Joseph Estrada, ancien acteur adulé des foules élu en mai 1998 triomphalement président des Philippines, a connu une longue descente aux enfers qui l’a mené mercredi jusqu’à la prison. L’ex-président est aussi devenu le premier chef de l’État déchu à connaître la prison pour corruption aux Philippines. Le 20 janvier dernier il avait été chassé du pouvoir sous la pression de la rue soutenue par l’armée, non sans avoir lutté jusqu’au bout pour rester sur le devant de la scène. À quelques heures de sa chute, il répétait encore : «J’ai la conscience tranquille». Élu triomphalement président en mai 1998 pour un mandat de six ans à la tête de l’État, «Erap» («copain»), comme il avait été surnommé dans les films de série B, avait été obligé de plier à mi-mandat. Abandonné par tous, il a dû s’incliner sous les accusations de corruption dont les preuves étaient devenues au fil des mois tellement flagrantes que ses dénégations avaient perdu toute crédibilité. L’interruption d’un procès en destitution, ouvert en décembre devant le Sénat, à la suite d’un conflit avec l’accusation, a mis le feu aux poudres. Des milliers de Philippins sont descendus dans la rue, et l’armée, pour éviter le chaos, a pris le parti de soutenir la vice-présidente Gloria Arroyo, successeur constitutionnel de M. Estrada. Ayant le verbe facile et se flattant d’avoir «le dernier mot» quand on rit dans son dos, «Erap» a toujours flatté les classes populaires au détriment des élites du pays qui le méprisent. Au plus fort de la tempête politique, c’est toujours dans les quartiers populaires qu’il allait chercher un peu de soutien. Traité d’«inepte», surtout dans le secteur économique, Joseph Estrada avait été très vite accusé d’«incompétence» et sa capacité à gouverner mise en doute. La très influente Église catholique ne lui a jamais pardonné ses penchants pour les femmes, l’alcool et les jeux et le primat de l’Église des Philippines, le cardinal Jaime Sin, est son adversaire le plus acharné. Né le 19 avril 1937 à Manille, Joseph Marcelo Ejercito Estrada est le huitième des dix enfants d’un ingénieur en travaux publics. Élève peu brillant, il est doté d’un sens inné du contact humain. De 1969 à 1985, il mène de front sa carrière cinématographique et sa fonction de maire de son quartier de San Juan à Manille. En 1960, lassée par ses aventures amoureuses, son épouse Luisa, médecin psychiatre, le quitte, emmenant avec elle leurs trois enfants. Au sommet de sa carrière cinématographique, «Erap» mène alors pendant quelques années une vie débridée de nouveau célibataire avant de se réconcilier avec Luisa. Une fois président, l’ami des pauvres va peu à peu devenir celui des puissants ou de personnages douteux. Lorsqu’il est chassé de la présidence, il refuse à la fois de démissionner, gardant ainsi l’espoir de conserver son immunité, et de partir à l’étranger. Aujourd’hui, il est en prison pour pillage économique ou corruption à grande échelle. Le tribunal spécial anticorruption qui a réclamé et obtenu son arrestation l’accuse d’avoir détourné à son profit au moins 80 millions de dollars de ressources économiques du pays, une accusation passible de la peine de mort.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Joseph Estrada, ancien acteur adulé des foules élu en mai 1998 triomphalement président des Philippines, a connu une longue descente aux enfers qui l’a mené mercredi jusqu’à la prison. L’ex-président est aussi devenu le premier chef de l’État déchu à connaître la prison pour corruption aux Philippines. Le 20 janvier dernier il avait été chassé du pouvoir sous la pression de la rue soutenue par l’armée, non sans avoir lutté jusqu’au bout pour rester sur le devant de la scène. À quelques heures de sa chute, il répétait encore : «J’ai la conscience tranquille». Élu triomphalement président en mai 1998 pour un mandat de six ans à la tête de l’État, «Erap» («copain»), comme il avait été surnommé dans les films de série B, avait été obligé de plier à mi-mandat. Abandonné par tous, il a dû...