De la coupe à l’emballage, il faut 256 opérations, préparer et assembler 70 morceaux et réaliser le tout en quatre heures. La référence 16 524 est la dernière d’un mythe né en 1955 : le sac Chanel. Après avoir imposé la première en 1929 la version élégante du sac à bandoulière, Mademoiselle Chanel a créé vingt-six ans plus tard le fameux sac 2.55 (pour février 1955), un sac rectangulaire matelassé et une bandoulière faite d’une chaîne-gourmette et de cuir tressé. La doublure à l’époque est grenat, couleur des uniformes que Coco Chanel portait à l’orphelinat. Le double C est piqué tel un blason, le fermoir rectangulaire à tourniquet est doré à l’or fin. Quarante-six ans plus tard, Chanel a ouvert pour la première fois les portes de son usine à la presse, levant un voile sur la fabrication d’un modèle décliné aujourd’hui en tweed, en jean ou en velours... et largement copié. Le nombre de sacs produits ou le chiffre d’affaires sont tenus rigoureusement secrets. La discrétion va jusqu’à l’usine de Verneuil-sur-Halatte (nord), que rien n’identifie de l’extérieur. À l’intérieur, quelques grandes affiches et vitrines, rappelant le nom de la maison, ponctuent des espaces et couloirs très vastes. Dans l’atelier, tout le monde est en blouse blanche. Le travail, très organisé, commence par la coupe de peaux soigneusement sélectionnées : une opération «déterminante» pour le résultat final, explique le responsable d’atelier. Chaque sac nécessitant 70 morceaux (extérieur et intérieurs), le coupeur ne peut préparer que 48 sacs par jour. Suivent les mutliples opérations de collage, de renfort... en passant par la fabrication du matelassage, surpiqué en forme de carrés de chocolat. Sigle, œillets, fermoirs, etc. viennent s’ajouter. L’assemblage nécessite pas moins de 110 opérations sur un total de 256, quasiment toutes manuelles comme le tressage de la lanière de cuir dans la chaîne-bandoulière, pour une tension régulière et des points de finitions cousus à la main. Des machines sont utilisées comme gabarits pour faciliter les positionnements ou se transforment en aides pour certaines opérations. Enfin, chaque sac est numéroté puis emballé avec son certificat d’authenticité, dans du papier de soie, avant de prendre place dans une boîte en carton, avec la plus grande attention. 350 personnes travaillent dans cette entreprise où sont fabriqués la plupart des sacs de la griffe, dont 300 dans les quatre ateliers. Les autres élaborent, à partir des croquis de Karl Lagerfeld, les six collections annuelles. Une vingtaine de personnes seulement sont titulaires d’un CAP de sellerie/maroquinerie. Les autres sont formées sur place, comme Véronique, ancienne vendeuse chez Chanel depuis 11 ans, ou Édith, contremaître dans une entreprise de confection pendant 25 ans, chef d’équipe chez Chanel depuis 12 ans. Toutes deux ne changeraient pour rien au monde. «C’est un produit tellement noble. On a de la fierté à le réaliser et du respect par rapport à la cliente», dit Édith. Les salaires sont aussi secrets. Ils seraient plus élevés de 20 % par rapport à ce qui se pratique ailleurs. Chez Chanel, on privilégie «la polyvalence, l’autonomie, la prise de responsabilité», dit-on à la direction. Les employées confirment : les salaires sont bons, les groupes dans les ateliers s’organisent entre eux, les postes s’échangent. Mais peu ont un sac Chanel, le 16 524 est vendu 5 700 FF (869 euros). Sur la dizaine de personnes interrogées, une seule a répondu «oui». Elle l’a acheté lors d’une journée spéciale de promotion pour le personnel... Légende 29: La version actuelle du légendaire sac créé en 1955 par Coco Chanel...
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