L’Irak a exprimé jeudi des doutes sérieux sur la volonté de l’Iran de poursuivre le processus de rapprochement entre les deux pays, au moment où sa DCA a abattu un avion iranien téléguidé et au lendemain d’une attaque iranienne aux missiles ayant fait au moins trois tués. «La réalité prouve que l’Iran cherche à provoquer des problèmes avec l’Irak et à entraver les efforts déployés pour ouvrir un nouveau chapitre dans les relations entre les deux pays», a déclaré le président de la commission des Affaires étrangères au Parlement irakien, Salem al-Qabissi. La DCA irakienne a annoncé avoir abattu jeudi à 16h21 heure locale (12h21 GMT) un avion de reconnaissance iranien téléguidé, en provenance de l’espace aérien iranien, sur la région de Mendali, au nord-est de Bagdad. Par ailleurs, les Moudjahidine du peuple, principale organisation iranienne d’opposition armée, basés en Irak, ont indiqué que leur «DCA a ouvert le feu jeudi contre deux chasseurs iraniens qui ont violé l’espace aérien irakien près de la ville de Jlaoula (nord-est de Bagdad)». «Les chasseurs iraniens ont pris la fuite sous les tirs de la DCA des Moudjahidine», selon un communiqué de l’organisation iranienne. La presse officielle irakienne a qualifié de «lâche agression» les tirs mercredi par l’Iran de 56 missiles selon Bagdad contre des bases des Moudjahidine et quatre villes du sud irakien. En dénonçant l’attaque comme «une violation flagrante de la Charte de l’Onu et des principes du droit international», un porte-parole officiel irakien avait averti mercredi que «l’Irak se réservait le droit de riposter par les moyens appropriés et au moment opportun». Téhéran, qui a présenté ses tirs comme «des opérations limitées et défensives» contre des positions des Moudjahidine, a souligné qu’il «respecte l’intégrité territoriale de l’Irak et qu’il est favorable au développement des relations amicales avec son voisin». Mais l’Irak, qui réclame une levée des sanctions de l’Onu le frappant depuis son invasion du Koweït en 1990, soupçonne l’Iran de chercher à se rapprocher, à ses dépens, des États-Unis qui tentent, avec le concours des pays limitrophes de l’Irak, d’alléger les effets de ces sanctions sur la population et de les renforcer contre le régime de Bagdad. Après l’attaque de mercredi, «l’Iran a clairement laissé entendre qu’il accueille favorablement les plans américains hostiles que le secrétaire d’État adjoint américain au Proche-Orient (Edward Walker) tente de promouvoir dans la région», a indiqué M. Qabissi. M. Walker poursuit actuellement une tournée au Proche-Orient, axée sur les sanctions contre l’Irak et la situation entre Israéliens et Palestiniens. «Nous ne comprenons pas pour le moment les raisons exactes de l’opération du gouvernement iranien», a affirmé un diplomate occidental à Bagdad, indiquant qu’«elle aura des répercussions, du moins dans l’immédiat, sur le processus de rapprochement entre l’Irak et l’Iran». La participation, à l’invitation de l’Iran, d’une délégation parlementaire irakienne à une conférence islamique sur la question palestinienne prévue le 23 avril à Téhéran pourrait être compromise. «Nous devons attendre jusqu’à samedi pour savoir si l’Irak va y participer ou non», a déclaré un responsable irakien. Près de 13 ans après la fin de leur guerre particulièrement meurtrière (1980-88), le processus de normalisation entre Bagdad et Téhéran reste très fragile en raison principalement de la question des mouvements d’opposition à chacun des régimes que les deux pays se reprochent mutuellement de soutenir. Alors que l’Irak accueille depuis 1986 les Moudjahidine, l’Iran abrite le principal parti d’opposition islamique chiite irakien, l’Assemblée suprême de la révolution islamique d’Irak (ASRII) de l’ayatollah Mohammed-Baqer Hakim.
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