Pyongyang, capitale de la Corée du Nord, est désormais guettée par la famine qui sévit dans le reste du pays après un hiver terriblement meurtrier du fait des pénuries d’énergie, soulignent les responsables d’organisations humanitaires. Les températures extérieures sont couramment tombées en dessous de moins 30 degrés Celsius et de nombreux cadavres ont été vus au moment où ils étaient sortis des appartements glacés de Pyongyang, racontent les employés de ces organisations. De terribles gelures sont devenues un mal courant pour les deux millions d’habitants de la capitale qui vient d’affronter le plus terrible hiver de ces cinquante dernières années. Aujourd’hui le printemps est de retour, mais le pays connaît une détérioration de la situation alimentaire si bien que la pénurie pourrait devenir aussi terrible que dans les années 1996-1997 période considérée comme le paroxysme de cette crise endémique, selon le Programme alimentaire mondial (Pam). Jusqu’ici, les autorités nord-coréennes ont tenté de garder à l’abri de la famine la capitale où vivent les élites du Parti des travailleurs au pouvoir ainsi que ses professionnels les plus performants. Selon diverses estimations, la faim a causé plusieurs centaines de milliers de morts dans le reste du pays. Et pourtant de longues queues où se côtoyaient militaires et civils étaient encore visibles ces jours-ci devant les magasins d’alimentation de Pyongyang y compris pendant les deux jours fériés commémorant l’anniversaire de la naissance du fondateur du pays Kim Il-Sung. Les deux principales fêtes du pays sont le 15 avril, date de la naissance de Kim Il-Sung, et le 16 février, jour de la naissance de son fils Kim Jong-Il, qui lui a succédé au pouvoir. Ordinairement c’est l’occasion de distribuer des rations supplémentaires de nourriture. Les queues s’étalaient aussi bien à l’entrée des marchés pour les produits de base que devant des échoppes vendant de petites glaces à emporter, confectionnées à l’occasion de ces jours fériés. Des légumes garnissaient les étalages, en revanche il n’y avait pas de viande. Le très long hiver coréen s’est terminé en mars seulement. «Nos guides et nos interprètes nous ont raconté que des corps étaient évacués chaque jour des immeubles», a raconté l’un des responsables de la santé d’une organisation non gouvernementale internationale. «Ordinairement aucune explication n’est donnée aux autres, mais ils savent que le froid est le tueur silencieux dans cette ville», ajoute-t-il. Alors qu’à la nuit tombée, Pyongyang se transforme en une ville sombre et lugubre en raison du manque d’électricité, des éclairages ont été mis en place pour l’anniversaire de l’ancien dirigeant défunt. Un marathon international et un festival d’art ont amené quelques étrangers dans la ville. La lumière qui brille au sommet de la tour du Juche était visible dans tout Pyongyang et le square Kim Il-Sung était inondé de lumière. «Les gens ont perdu des doigts et des orteils après des engelures cet hiver», raconte un étranger travaillant pour une organisation médicale. «Pyongyang est encore à bien meilleure enseigne que le reste du pays, mais on n’est plus très loin des problèmes endémiques nord-coréens», ajoute-t-il. Selon David Morton, directeur du Pam pour la Corée du Nord, la plupart des 22 millions d’habitants vivent maintenant avec 200 grammes, soit une poignée de riz ou de céréale par jour. Certains employés d’ONG ont donné des chiffres se rapprochant des 150 grammes. Au cours d’une conférence de presse tenue à Pékin vendredi dernier, M. Morton a souligné que «ce sera une autre année difficile» pour les Nord-Coréens. «Il est évident que les conditions (hivernales) rigoureuses ajoutées au manque de soins, à la pénurie alimentaire et à la contamination des eaux font des ravages dans la population», a dit M. Morton. «Nous ignorons exactement leur ampleur, mais nous pensons qu’ils sont particulièrement importants et intolérables», a ajouté le responsable du Pam. Le système de distribution alimentaire en Corée du Nord était à court de produits locaux dès janvier dernier si bien que tout le pays ne peut compter maintenant que sur les dons alimentaires. Le Japon a offert 500 000 tonnes de riz et la Corée du Sud 100 000 tonnes de maïs. Pour attendre les prochaines récoltes, les Nord-Coréens vont devoir dans la plus grande partie du pays se contenter de mélanger à leurs maigres céréales des tiges de choux hachées, des champignons sauvages et d’autres plantes comestibles. Depuis 1996, le Programme alimentaire mondial assure l’alimentation de quelque 8 millions de Nord-Coréens principalement des enfants et des personnes âgées. Pour cette année, il a lancé un appel international afin de recueillir 810 000 tonnes de nourriture.
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