L’Union européenne a été contrainte de constater son impuissance à apaiser les tensions entre Israéliens et Palestiniens, son rôle de «supertirelire» ne lui octroyant qu’un statut de spectateur face à l’influence toujours aussi déterminante des États-Unis. Avec une franchise inhabituelle, un porte-parole de la Commission européenne avait admis mardi que l’UE n’avait «pas grand-chose à dire» sur l’intervention de l’armée israélienne qui venait de réoccuper dans la nuit le nord de la bande de Gaza. «Et il y a encore moins que nous puissions faire», avait ajouté ce porte-parole à la surprise des journalistes présents, avant de renouer avec la tradition diplomatique en appelant «les deux parties à la retenue». Quelques heures plus tard, le secrétaire d’État américain Colin Powell condamnait en termes sévères l’action de l’armée israélienne, jugée «excessive et disproportionnée». Ce qui entraînait le retrait quasi immédiat des troupes de Tsahal. «C’est bien la preuve que, en dépit des ambitions européennes proclamées, les États-Unis sont les seuls à pouvoir taper du poing sur la table dans cette région du monde», commentait hier matin un diplomate en poste à Bruxelles. «C’est d’autant plus flagrant que la nouvelle Administration américaine cherche encore ses marques et qu’il y aurait peut-être moyen d’occuper un espace nouveau sur le terrain diplomatique», estimait-il. Si l’Union européenne peut jouer en temps normal un rôle actif de médiation, «elle perd toute efficacité en période de crise aiguë puisqu’elle ne dispose d’aucun levier pour influencer réellement la politique d’Israël», constate un de ses confrères. Un haut fonctionnaire de la Commission tient pour sa part à rappeler cette «évidence»: «L’UE n’a jamais pu donner à l’État hébreu la garantie de sécurité militaire» qui lui permettrait de rivaliser avec les États-Unis. L’Europe occupe en revanche pleinement le terrain de l’aide économique, quitte à fournir des arguments à ses détracteurs qui réduisent son action au Proche-Orient à celui d’une «grosse ONG» ou d’une «supertirelire». Entre 1994 et 1998, l’UE a ainsi donné ou prêté à l’Autorité palestinienne quelque 1,2 milliard d’euros, soit plus de la moitié de l’aide financière internationale totale. Elle est actuellement en première ligne dans la collecte de fonds destinée à éviter un effondrement économique complet de l’entité palestinienne. Et elle multiplie, en vain jusqu’à présent, les appels à Israël pour un déblocage des recettes fiscales palestiniennes retenues depuis décembre. De leur côté, les États-Unis restent les principaux bailleurs de fonds de l’État hébreu, notamment en matière d’armement. Mais la puissance américaine n’explique pas tout, souligne un diplomate de haut rang : «Contrairement à ce qu’ils sont parvenus à faire dans les Balkans, les Européens n’ont pas vraiment envie d’unir leurs forces au Proche-Orient. Les anciennes puissances coloniales que sont la France et la Grande-Bretagne veulent y garder le plus d’autonomie possible. Quant à l’Allemagne, son passé lui interdit encore un engagement marqué dans cette région». Résultat, la politique européenne au Proche-Orient se résume, selon lui, «à la recherche du plus petit dénominateur commun», bien souvent synonyme de paralysie.
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