Le millénaire qui vient de commencer sera sans doute très fertile en exploits scientifiques, insoupçonnables pour l’instant. Un de ces domaines paraissant déjà particulièrement prometteur serait celui de la recherche sur les embryons et les cellules embryonnaires souches. C’est ainsi que, récemment, la publication des résultats positifs obtenus par des greffes de neurones fœtaux chez des malades souffrant de chorée de Huntington (une maladie nerveuse caractérisée par des mouvements involontaires, irréguliers, qui constitue une affection dégénérative grave chez l’adulte) a mis en évidence l’importance que représente l’exploration des cellules embryonnaires et les possibilités thérapeutiques qu’elles recèlent. Les cellules embryonnaires, mises en culture, ont permis de constater leur capacité de se différencier en cellules cardiaques, musculaires, neuronales, intestinales et autres en fonction du milieu où elles sont placées. Cette formidable aptitude d’adaptation ouvre des perspectives inouïes dans le domaine des greffes. Convenablement préparées (modifiées), ces cellules seraient capables de traiter, une fois greffées dans l’organe atteint, des maladies graves voire incurables à présent: sclérose en plaques, myopathies, Alzheimer... L’hebdomadaire Le Point (v. 8 décembre 2000, no 1478) a rapporté le cas de douze patients américains victimes d’attaques cérébrales ayant reçu, peu de temps après leur accident, une injection de neurones, élaborée à partir de cellules souches humaines embryonnaires, afin de reconstruire les circuits neuronaux dans la zone endommagée. Six à sept mois plus tard, huit de ces malades ont subi des tests ayant démontré une amélioration très sensible des séquelles de l’attaque (réduction du handicap). Les sujets eux-mêmes signalaient une évolution très positive de leur état général. Ces essais, toutefois, sont loin d’obtenir l’adhésion générale. Selon certaines études, les cellules embryonnaires greffées peuvent donner naissance à des tératomes, c’est-à-dire à des cellules tumorales (cancéreuses). Le risque a été prouvé chez la souris. Ce qui impose la plus grande prudence chez l’homme. Mais, en 1999, une équipe japonaise a réussi à transformer des cellules souches embryonnaires de souris en cellules cardiaques. Une fois implantées dans le cœur des souris de laboratoire, atteintes d’un infarctus expérimental, elles ont contribué à réduire la zone cardiaque endommagée et à alléger les séquelles de l’infarctus. L’action des cellules fœtales Les cellules prélevées sur des fœtus, issus d’avortements volontaires ou de fausses couches, ont permis le traitement réussi d’un certain nombre de maladies. Trois malades atteints de chorée de Huntington (Danse de Saint-Guy) ayant reçu les premières injections, administrées par une équipe de chercheurs français de l’Institut de recherche scientifique (Inserm), ont pu mener une vie parfaitement normale quatre ans après les premières injections. Cinq patients ont bénéficié de ce traitement cellulaire, mais seuls trois d’entre eux ont eu droit à une amélioration notable de leurs capacités motrices et intellectuelles. Prélevées sur des fœtus de 7 à 9 semaines, les cellules fœtales ont permis de reconstituer les circuits neuronaux endommagés. Cette même thérapie (greffe de neurones fœtaux) appliquée chez des malades souffrant de la maladie de Parkinson a donné des résultats positifs: diminution des tremblements et de la difficulté de se mouvoir. On sait aujourd’hui que l’effet bénéfique de la greffe de neurones fœtaux est durable puisque, dix ans après leur implantation, les cellules fonctionnent convenablement. On signalera pour mémoire, que la maladie de Parkinson est consécutive à la carence d’un neurotransmetteur, la dopamine, impliqué dans le contrôle des mouvements volontaires. Les cellules souches Les cellules souches, présentes dans la plupart des tissus du corps humain, assurent, partiellement, le remplacement des cellules qui meurent au cours de l’existence. Cultivées en laboratoire, les cellules souches de l’adulte peuvent se «spécialiser» en plus de deux cents fonctions cellulaires, devenant ainsi de précieuses «pièces de rechange». Même si jusqu’à présent les expériences sont limitées au monde animal, rien n’empêche qu’elles soient bientôt appliquées et étendues chez les humains. La plasticité, en effet, des cellules souches est telle qu’elle pourrait permettre le remplacement tissulaire dans le cas de maladies entraînant sa détérioration dans certains organes. Des centres de recherche sont attelés à l’heure actuelle à l’étude approfondie de cette possibilité, comme aussi du meilleur emploi de ces cellules «à tout faire», afin de les inclure dans un schéma biologique global. Bien de points restent encore à régler avant d’arriver à leur gestion: avant tout les isoler, diriger leur différenciation, vérifier si les cellules souches adultes ont les mêmes possibilités thérapeutiques que les cellules souches fœtales ou embryonnaires. Entre-temps, la recherche s’active aux quatre coins du monde. Des chercheurs américains ont réussi à démontrer que des cellules non différenciées de la moelle osseuse étaient susceptibles de produire de l’os, des muscles, du cartilage, des tendons, du tissu adipeux... En Italie, l’équipe du Dr Vascovi, de l’Institut Stem Cell Research de Milan, a réussi à transformer des cellules souches de la moelle osseuse en cellules nerveuses, chez la souris pour l’instant, mais les travaux se poursuivent fébrilement... Des chercheurs britanniques annoncent, de leur côté, avoir transformé des cellules nerveuses en cellules souches... Comme on le constate, l’espoir des pièces détachées capables d’accorder des rallonges à la durée de la vie humaine n’a jamais quitté les hommes. Autant les savants que le commun des mortels...
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