Ne perdez pas votre temps à chercher sur la carte du Liban le village de Barsoumi. Il relève de l’utopie la plus totale. Est-ce que vous en connaissez, vous, de village sans aucune appartenance religieuse ou féodale, peuplé d’habitants dont les noms même ne vous permettent pas de les situer par rapport à une quelconque communauté? J’aurai bien aimé qu’il y en eut des tas de villages comme celui-ci qui n’auraient été que libanais. Autant rêver, puisque cela nous est encore permis. Passons outre l’hypocrisie du procédé, qui consiste à ne vexer ou flatter personne – ce qui est typique d’une certaine forme de télévision telle qu’elle ne se pratique que chez nous – puisqu’elle ne cherche qu’à faire vibrer notre fibre patriotique, ce qui est estimable, même si l’histoire est malmenée au passage. N’ayant pas signé le scénario, comme dans son précédent al-Raghif, le réalisateur s’est davantage préoccupé de sa mise en image. Et comme il connaît parfaitement son métier, il nous offre une «œuvre» maîtrisée au plan technique: cadrages recherchés, travellings impecs, éclairages composites, choix parfait des extérieurs – Dieu, que la nature est (encore) belle au Liban – ample travail à la caméra, même si parfois le souci d’esthétique apparaît comme trop évident. Mais pourquoi s’en plaindre? Le résultat est là. Il y a longtemps que nous n’avons pas vu à la télé une série de cette qualité. Dommage que certaines erreurs viennent témoigner d’une méconnaissance profonde des années 40, malgré le soin apporté à la reconstitution. Ridicules ces militaires aux cheveux longs. Cela ne se faisait ni à l’époque ni de nos jours. Même les civils portaient court et les coiffeurs d’alors avaient du poil sur la planche. Dommage aussi que l’interprétation ne soit pas au même diapason: face à la retenue des uns, d’autres cabotinent d’une manière un peu caricaturale. Enfin, ce qu’il y a encore à déplorer, c’est la bande son où la barcarolle de La Traviata du générique voisine avec des musiques de Nino Rotta. Je suis sûr que les paysans de Barsoumi auraient mieux accordé leurs états d’âme à un air de «nay»... Nous aussi! P.S.: Un si joli village, film d’Étienne Périer avec Victor Lanoux.
Ne perdez pas votre temps à chercher sur la carte du Liban le village de Barsoumi. Il relève de l’utopie la plus totale. Est-ce que vous en connaissez, vous, de village sans aucune appartenance religieuse ou féodale, peuplé d’habitants dont les noms même ne vous permettent pas de les situer par rapport à une quelconque communauté? J’aurai bien aimé qu’il y en eut des tas de villages comme celui-ci qui n’auraient été que libanais. Autant rêver, puisque cela nous est encore permis. Passons outre l’hypocrisie du procédé, qui consiste à ne vexer ou flatter personne – ce qui est typique d’une certaine forme de télévision telle qu’elle ne se pratique que chez nous – puisqu’elle ne cherche qu’à faire vibrer notre fibre patriotique, ce qui est estimable, même si l’histoire est malmenée au passage....
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