En casaques à boutons dorés… en chemisettes blanches ensanglantées (le jour où le sang a vaincu le glaive, disent les banderoles de la Achoura). C’est décidément la saison des processions. Demain, dimanche des Rameaux. À la devanture des boutiques, en février, tout devait disparaître. En avril, tout réapparaît. S’il n’y avait qu’un seul dimanche pour être endimanché, ce serait bien celui-là, avec ses veilles soucieuses de météo. Quel temps fera-t-il demain ? Fera-t-il beau, fera-t-il chien ? C’est pour la petite danseuse espagnole : il faut bien que l’on voit ses falbalas. Et le petit marin, qui a troqué depuis belle lurette son pompon pour une casquette et le marine pour le treillis. Devant le petit Jésus, lui qui se sent si grand, juché sur les épaules de papa, il fera le salut militaire, c’est autrement plus fier que le signe de la croix. Non, et tant pis pour le rhume, on ne leur mettra pas de manteaux. La saison peut faire ses caprices, nos enfants, eux, feront les beaux. Il y aura les riches, élégants comme la peau des fesses, mais sans ostentation. Il y aura les nouveaux riches, bagnoles rutilantes, mamans dorées sur tranche, papas sentant le barbier. Il y aura les pauvres. Ils feront mieux que le mieux, ne mettront même pas les habits neufs de l’an dernier des enfants du patron – trop sobres pour l’occasion. Ils auront les coiffures les plus savantes, les costumes les plus étincelants, savamment rebrodés par les petites mains de la famille. Ils auront les bougies les plus hautes, mais eux, ils iront les déposer à l’autel, sans un regard en arrière pour le trophée tant attendu. Au début, c’était des branches de palmier, puis des rameaux d’oliviers et puis, idée saugrenue, compte tenu de la vitesse du vent, des cheveux et des dentelles des coprocessionnaires, les bougies. À elles seules, tout un programme : les fleuries, les colorées, les bougies à thème : Pâques, naturellement, avec des lapins, de faux œufs ; le printemps aussi : abeilles, coccinelles, papillons et autres bestioles en primeur. Y aura-t-il des bougies Barbie, Pokemon ou Dragon-Ball ? Déjà les cloches sonnent à toute volée. La petite pleurniche avec ses cheveux trop tirés. Son frère insiste bruyamment pour avoir un pistolet à sa ceinture. Il faut y aller. Trouver quelque chose pour les convaincre qu’ils sont les plus beaux. Que même si Jésus ne les voit pas dans la foule, il y aura toujours les voisins.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats En casaques à boutons dorés… en chemisettes blanches ensanglantées (le jour où le sang a vaincu le glaive, disent les banderoles de la Achoura). C’est décidément la saison des processions. Demain, dimanche des Rameaux. À la devanture des boutiques, en février, tout devait disparaître. En avril, tout réapparaît. S’il n’y avait qu’un seul dimanche pour être endimanché, ce serait bien celui-là, avec ses veilles soucieuses de météo. Quel temps fera-t-il demain ? Fera-t-il beau, fera-t-il chien ? C’est pour la petite danseuse espagnole : il faut bien que l’on voit ses falbalas. Et le petit marin, qui a troqué depuis belle lurette son pompon pour une casquette et le marine pour le treillis. Devant le petit Jésus, lui qui se sent si grand, juché sur les épaules de papa, il fera le salut militaire, c’est...