Les relations entre les États-Unis et la Chine, déjà passablement refroidies, ont pris une allure de guerre froide, dimanche, après la collision entre l’avion espion américain et le chasseur chinois, non loin de l’île de Hainan. La collision, au large de l’île, a avivé des tensions latentes entre Washington et Pékin depuis la prise de fonctions du président George W. Bush, le 20 janvier, alors que la nouvelle Administration a promis une ligne plus dure à l’égard de la Chine. En outre, l’incident vient compliquer un dossier déjà brûlant entre les deux pays : celui de la vente par les États-Unis d’armes à Taïwan. Selon la Chine, la collision a été causée par l’avion espion américain, qui a violé l’espace aérien chinois en faisant un atterrissage d’urgence sur l’île de Hainan. Les États-Unis affirment pour leur part que l’un des avions ayant pris en chasse l’appareil l’a heurté dans «l’espace aérien international», à quelque 100 km de Hainan. Washington réclame le retour rapide de l’appareil bourré d’électronique ultrasecrète ainsi que des 24 hommes d’équipage. En attendant, certains diplomates y voient déjà le signe d’un risque de «guerre froide» entre les deux pays. Des responsables américains ne manquent pas de rappeler la campagne de propagande antiaméricaine qui avait été lancée par la Chine après le bombardement de son ambassade à Belgrade en 1999, qui s’était soldé par la rupture des contacts militaires entre les deux pays pendant un an. L’accident survient aussi deux semaines à peine après des déclarations du vice-Premier ministre chinois, Qian Qichen, demandant à Washington de ne pas rajouter de «flammes» au conflit avec Taïwan en lui vendant des armes de haute technologie. «Il y a déjà une étincelle. Si vous mettez de l’huile et de l’essence sur l’étincelle, elle se transformera en grande flamme», a-t-il dit. «Nous ne voulons pas voir la flamme de la guerre», a-t-il dit à l’issue d’un voyage d’une semaine aux États-Unis. Les États-Unis doivent en effet décider prochainement s’ils vendent ou non quatre contre-torpilleurs de classe Kidd, équipés de systèmes de combat Aegis, à Taïwan. Selon certains experts, la Chine craint que le système Aegis, capable de suivre simultanément sur écrans l’évolution de plus de 100 avions et missiles, ne rende son système de missiles menaçant Taïwan obsolète et ne devienne une plate-forme pour un système de défense antimissiles protégeant l’île. Dans tous les cas, la collision de dimanche rappelle qu’il existe bien un potentiel de tensions militaires entre la Chine et les États-Unis. Washington est d’ailleurs lié à Taipei par un accord de défense qui l’oblige à satisfaire ses besoins en la matière, alors que Pékin considère l’île comme un territoire rebelle. En matière de droits de l’homme, les tensions sont également plus vives depuis quelques semaines, après l’arrestation d’une sociologue en attente de la nationalité américaine et de sa famille à Pékin. Si son époux et son fils ont été libérés, la sociologue Gao Zhan, accusée d’espionnage, reste emprisonnée. La Chine est pour sa part gênée par la défection récente d’un colonel de l’Armée populaire de libération vers les États-Unis. Les nouvelles sur l’arrestation dans le sud de la Chine, vendredi, d’un deuxième universitaire, Li Shaomin, sino-américain, n’arrangent en rien ce dossier. Enfin, l’intention affichée par l’Administration Bush de parrainer une résolution critiquant le régime de Pékin à la Commission des droits de l’homme des Nations unies a entraîné la fureur de la Chine. George W. Bush et ses conseillers, dont beaucoup ont été élevés à l’école de la guerre froide avec Moscou, ont investi la Maison-Blanche en promettant une ligne plus dure à l’égard de la Chine. Ils sont notamment très critiques vis-à-vis de la politique de Bill Clinton, qui défendait un «partenariat stratégique» avec Pékin, aussi qualifié de «concurrent stratégique» en Asie. Mais l’approche de la nouvelle Administration pourrait aggraver des divisions préexistantes au sein du Parti républicain de M. Bush, où s’affrontent partisans d’une ligne favorisant les échanges commerciaux normaux et supporters d’une ligne dure.
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