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Actualités - Chronologies

ROUMANIE - La redoutable Securitate - commence à livrer ses secrets

Des Roumains ont pu pour la première fois, mercredi à Bucarest, consulter leurs dossiers établis par la Securitate alors que l’ouverture des archives de l’ancienne police politique communiste est très controversée au sein de la société. Quatre personnes – chacune avec son histoire singulière, avec ses appréhensions et ses soupçons – ont ainsi pu prendre connaissance, page après page, de leur dossier et tenté de trouver une explication aux persécutions dont elles ont été victimes à l’époque communiste. Dorli Blaga, fille d’un poète et philosophe roumain renommé, Lucian Blaga, interdit de publication entre 1949 et jusqu’à la veille de sa mort en 1961 car «hostile» à l’idéologie communiste, veut savoir si elle et son époux ont également été «des cibles» pour la Securitate. Les pages jaunies, manuscrites ou écrites à la machine, des trois tomes qui retracent sa vie et celle de sa famille pendant plusieurs décennies à travers les rapports d’informateurs de la Securitate – dont seuls les noms de code figurent sur les documents - confirment ses soupçons. «J’ai découvert que nous avions des microphones dans chaque pièce et que nos téléphones étaient sur écoute. La Securitate était au courant de nos moindres mouvements», dit-elle. Constantin Badea, nom de code «Bob», fait lui aussi partie des premiers Roumains à avoir consulté son dossier. «J’ai voulu connaître mon dossier pour expliquer à mes petits-enfants ce qu’a été le communisme», souligne M. Badea, 57 ans, qui avait été surveillé par la Securitate entre 1980 et 1986. «Je pensais que mes ennuis avaient pour origine les blagues que je racontais souvent sur Ceausescu devant mes amis. En fait, j’ai découvert que ce sont de basses délations sur des histoires puériles qui ont été à l’origine du harcèlement dont j’ai été victime», affirme cet ingénieur. «Nous devons assumer les 45 ans de passé communiste avec ses zones d’ombre et de lumière, c’est pourquoi il est important que les Roumains puissent voir leur dossier», a déclaré M. Gheorghe Onisoru, le président du Conseil national d’étude des archives de la Securitate (CNSAS). Selon lui, 1 200 Roumains ont jusqu’ici demandé à bénéficier de la loi adoptée en 1999 qui donne accès aux archives de l’ex-police politique. Mais en raison des réticences du Service roumain d’informations à remettre ces documents au CNSAS, ces personnes risquent de devoir attendre entre plusieurs mois et un an avant que leur demande ne soit satisfaite. «Les archives de la Securitate sont tellement volumineuses qu’il faudrait 60 km pour les ranger bout à bout», explique M. Onisoru. Le nombre des personnes surveillées n’a pas encore été établi avec précision, mais M. Onisoru estime qu’il pourrait concerner entre 1 et 2 millions de Roumains. «La Securitate disposait de 400 000 à 700 000 informateurs et l’on estime que chacun d’entre eux donnait des renseignements sur deux ou trois personnes», précise-t-il. L’accès des Roumains à leur propre dossier intervient sur le fond d’une polémique sur «l’utilité» d’une telle démarche, 11 ans après la chute du régime communiste. «Nous pouvons chercher des vérités dans le passé, mais elles n’aideront pas la population à vivre mieux», a récemment déclaré le Premier ministre, Adrian Nastase, estimant que la consultation des dossiers risque de «discréditer les rares institutions qui jouissent encore de crédibilité au sein de l’opinion publique, telle l’Église orthodoxe». Mais pour Mme Valentina Teodorescu, 70 ans, ancien professeur d’économie, l’ouverture des archives est «une démarche nécessaire». «Nous ne devons pas oublier la terreur qu’a représentée le régime communiste», dit-elle, retenant à peine ses larmes.
Des Roumains ont pu pour la première fois, mercredi à Bucarest, consulter leurs dossiers établis par la Securitate alors que l’ouverture des archives de l’ancienne police politique communiste est très controversée au sein de la société. Quatre personnes – chacune avec son histoire singulière, avec ses appréhensions et ses soupçons – ont ainsi pu prendre connaissance, page après page, de leur dossier et tenté de trouver une explication aux persécutions dont elles ont été victimes à l’époque communiste. Dorli Blaga, fille d’un poète et philosophe roumain renommé, Lucian Blaga, interdit de publication entre 1949 et jusqu’à la veille de sa mort en 1961 car «hostile» à l’idéologie communiste, veut savoir si elle et son époux ont également été «des cibles» pour la Securitate. Les pages jaunies,...