Rechercher
Rechercher

Actualités - Chronologies

ÉTATS-UNIS - Les prisons privées, un succès en demi-teinte

Les prisons privées, qui abritent aujourd’hui quelque 5 % de la population carcérale aux États-Unis et se multiplient depuis une vingtaine d’années, sont de plus en plus sujettes à controverse, au point de freiner la construction de nouveaux établissements. Apparues au début des années 80, durant la vague de privatisations de l’ère Reagan, les 158 prisons privées américaines constituent pour l’État un moyen efficace de limiter ses dépenses et de se décharger d’une gestion souvent lourde. Pour un coût quotidien de 30 à 50 dollars par prisonnier, l’État délègue à un tiers la détention des condamnés, réalisant des économies de 10 % à 15 %, selon une étude des autorités pénitentiaires de l’Arizona. «Le droit d’incarcérer quelqu’un ne devrait pas incomber à une société privée, dont l’objectif est de réaliser des profits», déplore Kara Gotsch, coordinatrice du Projet national pénitentiaire au sein d’une association de consommateurs. Elle leur reproche d’économiser en rognant sur les dépenses, notamment celles touchant à la formation ou au salaire des gardiens. «Ils dessinent de meilleures prisons», lui réplique Morgan Reynolds, spécialiste des questions pénitentiaires au sein du National Center for Policy Analysis, un centre de recherche basé à Dallas. Grâce à une plus grande automatisation, ces établissements nécessitent moins de personnel, ajoute-t-il. Quant aux gardiens, ils sont pour la plupart formés dans les mêmes centres que leurs collègues du secteur public. Les prisons privées ont pourtant vu leur crédit écorné auprès de l’opinion par quelques scandales récents. Ainsi, en Louisiane, l’État a dû fermer un centre privé de détention pour jeunes délinquants, en raison de violences des gardiens à l’encontre des détenus et d’une absence de soins médicaux. Mais pour Charlie Thomas, ancien professeur de criminologie et aujourd’hui conseiller chez Corrections Corporation of America (CCA), une société de gestion de prisons, ce genre de problèmes peut survenir n’importe où. Seule différence, selon lui : l’intérêt des médias qui se totalisent sur les prisons privées et passent sous silence les incidents survenant dans les prisons publiques, tout aussi fréquents, selon certaines études. D’autant que l’État a le pouvoir d’empêcher ces dérapages, en rédigeant avec soin le contrat qui le lie à la compagnie chargée de la gestion de sa prison. «Ces dernières années, je me suis intéressé de près à deux États, l’Arkansas et la Caroline du Nord, qui ont chacun privatisé deux prisons. Chacun d’entre eux savait ou aurait dû savoir que les services qu’il réclamait dans son contrat ne pourraient jamais être fournis au prix négocié. Les quatre projets ont périclité», résume Charlie Thomas. Charge donc à l’État de proposer un prix suffisamment élevé pour assurer la qualité du service. Et à la société de s’assurer un profit sans grignoter sur les dépenses. Encouragées par l’augmentation continue du nombre de détenus aux États-Unis, ces sociétés ont construit des prisons sans se soucier de décrocher un contrat d’exploitation au préalable. Le taux d’incarcération a progressé moins vite qu’escompté, réduisant le besoin en nouvelles prisons. Plusieurs établissements construits durant cette période sont donc restés vides et les sociétés de gestion privées ont depuis eu du mal à renouer avec les bénéfices. L’industrie de la prison privée – 100 000 prisonniers sur les 2 millions incarcérés aux États-Unis – s’est donc légèrement contractée ces deux dernières années. Et si la plupart des entreprises du secteur sont aujourd’hui rentables, les marges dégagées ne sont pas encore suffisantes pour leur permettre de nouveaux investissements, nuance Morgan Reynolds. M. Thomas leur prédit cependant encore de beaux jours, car, dit-il, «nous avons beaucoup trop de prisons surpeuplées, dans lesquelles le manque d’activités des détenus, le danger et la violence sont des réalités bien plus courantes que les programmes de réhabilitation».
Les prisons privées, qui abritent aujourd’hui quelque 5 % de la population carcérale aux États-Unis et se multiplient depuis une vingtaine d’années, sont de plus en plus sujettes à controverse, au point de freiner la construction de nouveaux établissements. Apparues au début des années 80, durant la vague de privatisations de l’ère Reagan, les 158 prisons privées américaines constituent pour l’État un moyen efficace de limiter ses dépenses et de se décharger d’une gestion souvent lourde. Pour un coût quotidien de 30 à 50 dollars par prisonnier, l’État délègue à un tiers la détention des condamnés, réalisant des économies de 10 % à 15 %, selon une étude des autorités pénitentiaires de l’Arizona. «Le droit d’incarcérer quelqu’un ne devrait pas incomber à une société privée, dont...