Au-delà des condamnations rituelles de l’État juif et du Premier ministre Ariel Sharon, le gouvernement israélien attend du sommet arabe d’Amman qu’il évite de pousser les Palestiniens dans des positions extrémistes qui compliqueraient ensuite un retour aux négociations. «Personne ici n’est très inquiet à l’idée de ce sommet arabe. Cela sera certainement purement déclaratif, le genre de discours qu’on entend de nos voisins depuis 50 ans», a déclaré un diplomate israélien qui a requis l’anonymat. «Il y a de bonnes chances pour que ce sommet s’achève une fois de plus sur des proclamations anti-israéliennes, mais qui n’auront aucun impact», a renchéri un responsable à la présidence du Conseil, qui a également requis l’anonymat. Israël a néanmoins l’impression que le sommet pourrait faire basculer, d’un côté ou de l’autre, le président palestinien Yasser Arafat, qu’il perçoit comme fragilisé par six mois d’intifada dont le bilan était lundi soir de 444 morts. Selon le diplomate israélien, M. Arafat a échoué dans sa tentative de mobilisation de la population palestinienne en faveur de l’intifada et pourrait se rallier aux plus modérés, qui prônent un virage vers une révolte plus pacifiste et populaire. «Si Yasser Arafat n’obtient pas un soutien politique et financier à sa stratégie de la tension, cela ne pourra que faciliter le retour au calme», estime également le responsable de la présidence du Conseil. Les pays arabes vont décider d’accélérer le transfert de fonds à l’Autorité palestinienne. Cette aide d’un milliard de dollars promise aux Palestiniens, qui souffrent du bouclage de leurs territoires, tarde à venir en raison de divergences sur les mécanismes de versement. Mais les responsables israéliens redoutent également que le sommet «pousse les Palestiniens dans des positions extrêmes» et les amène à prendre «des décisions politiques qui les empêchent d’avoir la flexibilité nécessaire pour revenir aux négociations», selon le diplomate. M. Sharon refuse de reprendre les négociations avec les Palestiniens tant que la violence perdurera et souhaite qu’elles soient relancées sur la base des accords signés et non au point où elles se sont arrêtées à Taba (Égypte) en janvier, comme le demandent les Palestiniens. «On a vu ça par le passé. Vous pouvez entrer dans une spirale de rhétorique enflammée, dire non aux négociations et après, c’est très dur d’en sortir. C’est notre problème», poursuit le diplomate. Le document final du sommet, préparé lors d’une réunion des ministres des Affaires étrangères, assimile «les violations israéliennes des droits de l’homme et les sanctions économiques imposées au peuple palestinien» à des «crimes de guerre». Pour le reste, le sommet devrait notamment «mettre en garde le gouvernement israélien contre toute tentative de se dérober à la paix», demander une réactivation du boycottage arabe d’Israël et réclamer au Conseil de sécurité de l’Onu de dépêcher une force de protection internationale dans les territoires palestiniens. Au sujet des deux derniers points, les plus concrets, Israël ne semble pas inquiet. «Un blocus arabe ou des sanctions économiques ne porteraient pas à conséquence. Il faut voir les rapports de force économiques, ce n’est pas sérieux», a estimé le diplomate. Quant à une force internationale, une telle résolution n’a quasiment aucune chance d’être adoptée par le Conseil de sécurité en raison de l’opposition des États-Unis, qui se font l’écho du refus total d’Israël du déploiement d’une telle force.
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