Les performances pharmaceutiques au cours du XXe siècle ont été ahurissantes. Des maladies confondues jadis à des malédictions célèstes ont pu être vaincues et des millions d’être humains sauvés d’une mort certaine. Grâce à l’hormonothérapie, la vie et la condition de la femme ont été radicalement réformées, la rendant participante active de sa fécondation et maîtresse du terme de sa féminité. Les hommes aussi ont énormément profité des performances des hormones de synthèse, sans compter le grand nombre de dérèglements, plus ou moins graves, qui ont trouvé là leur solution... Malgré ces prodigieux accomplissements, certains traitements et bon nombre de remèdes font peur et pas seulement aux profanes... Par contre, tout ce qui vient du monde végétal rassure même les plus méfiants d’entre nous... Réflexe hérité des siècles, crainte séculaire de l’alchimie confondue avec la magie dans l’inconscient collectif ? Les faits sont là pour prouver que la phytothérapie a un long avenir devant elle. Les plantes ont d’innombrables vertus que la science actuelle se met à explorer. La recherche scientifique, parfaitement consciente de ce fait, s’intéresse de plus en plus aux possibilités médicinales «phytogéniques». Les phytœstrogènes en font partie... Résultats de recherches très assidues, des phytohormones, en gélules sous forme de compléments alimentaires et en crèmes, ont été mis au point. Il s’agit de composés naturels présents dans plus de trois cents espèces de plantes, de légumes, de céréales et de fruits, dont la structure chimique ne diffère pas beaucoup de celle des œstrogènes naturellement sécrétés par l’ovaire. Il existe trois catégories de phytohormones y compris les isoflavones, dont les propriétés semblent les plus importantes. On les retrouve dans le soja où elles furent identifiées dans les années 30. Les peuples asiatiques consommateurs de soja accusent des taux de cancers hormonodépendants sensiblement inférieurs à ceux des pays occidentaux. On classe parmi ces cancers ceux du sein, de l’utérus (endomètre), de la prostate. Une étude plus étendue a révélé que les consommateurs asiatiques accusaient moins de cas d’atteintes cardio-vasculaires. Mais aussi que les femmes étaient moins sujettes aux troubles classiques de la ménopause et en particulier aux bouffées de chaleur. Ces faits ouvraient la voie à des recherches dans différents domaines, dont celui de l’alimentation de ces peuples favorisés. Le mécanisme d’action Les hormones naturelles sont sécrétées sous forme d’estradiol. Elles se fixent sur les récepteurs localisés sur les organes impliqués dans la sécrétion hormonale. Un temps de fixation idéal est imparti à cette fonction. Si la durée se prolonge, l’hormone encombre les récepteurs et entrave le processus, aboutissant à un résultat opposé à celui normalement prévu. Si la durée est trop courte, seuls les tissus les plus réceptifs agissent, ce qui est nettement insuffisant à l’équilibre général. Certains tissus peuvent, à partir de produits circulant dans le système sanguin, produire localement les hormones requises. Mais ces produits, plus spécialement les œstrogènes, ont une action réduite sur les tissus. La recherche donc s’est orientée vers la mise au point de palliatifs (médicaments) qui agiraient spécifiquement. L’intérêt des phytohormones réside sur le fait qu’elles pourraient avoir une action sur un ou plusieurs de ces mécanismes ultrasophistiqués. Mais, à l’étape actuelle, il est nécessaire de le préciser, on se trouve encore dans le domaine de l’hypothèse. Du moins scientifiquement parlant. Les bouffées de chaleur vaincues Mais un fait indéniable représente quand même un appréciable acquis : les phytœstrogènes ont un effet indéniable sur les bouffées de chaleur dues à la ménopause. Diverses études ont scruté cette action des phytohormones confirmant leur efficacité. Avec une consommation de 60g de protéines de soja quotidiennement (ce qui correspond à 70mg d’isoflavones), on a enregistré plus de 45 % de dimunition du trouble en question. Pour les femmes qui ne sont pas sous traitement hormonal substitutif, il s’agit d’une solution particulièrement intéressante. Deux laboratoires européens proposent déjà des produits de cette conception. Une équipe française est en train d’expérimenter une association d’isoflavones, la biogénine, dont l’efficacité contre les bouffées de chaleur s’élève à 50 %. Mais elle serait également efficace contre les maux de tête et la fatigue, phénomènes fréquents durant cette période de vie féminine. Pour la médecine occidentale, le fait d’admettre que l’alimentation peut jouer un important rôle modulateur sur l’équilibre hormonal constitue un concept neuf. Dans l’arsenal extraordinairement riche d’armes thérapeutiques chimiques, l’introduction de produits naturels en hormothérapie constitue une étape innovatrice. Rien que d’admettre sans scepticisme l’intérêt que présentent les phytohormones dans les carences œstrogéniques de la ménopause est déjà un événement. Il y a dix ans, pareil concept aurait fait sourire ou ironiser sans indulgence... La prudence, toutefois, s’impose. Pour les femmes jeunes, en âge de procréer, les phytohormones peuvent avoir des effets qu’on ignore encore. Autrefois, selon Catherine Bennetean, maître de conférence auprès de l’École d’ingénieurs des travaux agricoles de Bordeaux (France), les phytohormones ont été directement impliquées, dans le passé, dans de nombreux cas de stérilité chez les moutons australiens, nourris au trèfle, riche en isoflavones (phytohormones). Par ailleurs, quelques tests récents ont démontré que 60g de soja, pris quotidiennement, suffisent pour entraîner un retard notable de l’ovulation chez la femme. Ce qui impose une certaine prudence excluant tout abus en attendant une information plus complète sur cette denrée...
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