Des diplomates informés le confirment : la Syrie bénéficie d’un blanc-seing international mais aussi régional, toujours valable, qui l’autorise à demeurer au Liban. Ce feu vert est tacite. Mais initialement, il était on ne peut plus ouvert. On sait en effet que c’est en application d’un accord entre les diverses puissances concernées que les forces syriennes sont entrées au Liban, il y a vingt-cinq ans. Pour des missions précises, rendues publiques, comme pour des objectifs gardés occultes. C’est ce qui explique qu’une fois atteint le but premier, l’arrêt de la guerre domestique, il n’y a pas eu de retrait. Ni après la première «paix» intervenue en 77 ni, surtout après le point d’orgue définitif de Taëf en 90. Même le simple redéploiement sur la Békaa a été bloqué. Aujourd’hui, les sources diplomatiques se montrent catégoriques. À les en croire, lutter pour le départ des Syriens revient à se battre contre des moulins à vent. «Car, insistent ces personnalités, il existe une ferme volonté internationale autant que régionale de laisser la Syrie contrôler un Liban soupçonné d’être toujours incapable de s’autogérer. Notamment sur le plan de la stabilité, de la sécurité et de l’ordre. Dans ce domaine, on pense au-dehors, à tort ou à raison, que seule la Syrie peut empêcher le chancre de l’activisme palestinien, cantonné dans des ghettos qui sont des îlots d’insécurité, de se répandre de nouveau à l’extérieur. La hantise d’une résurrection du Fathland subsiste. Les Syriens ayant à leur crédit d’avoir chassé l’OLP de Tripoli en 83 restent donc chargés de verrouiller les camps palestiniens. Directement aux abords de ces concentrations, dans la Békaa et au Nord. Et indirectement au Sud, par la pression politique comme par la présence de leurs troupes dans le reste du pays. Où il ne peut plus y avoir de flux palestinien comme à la fin des années soixante. Ce rôle est d’autant plus volontiers dévolu à la Syrie que ses relations avec Arafat ne sont pas des meilleures». Ces sources signalent une autre cause, assez paradoxale à bien y regarder, «le fait que l’unité nationale libanaise n’a pas été réalisée, que les sentiments ou ressentiments d’ordre confessionnel restent trop vifs et que la scène locale n’est ni stabilisée ni sainement rééquilibrée pour s’assumer d’une manière autonome». Un déséquilibre qui doit beaucoup, faut-il le souligner, à l’application discriminatoire des accords de Taëf. Exécution tronquée qui doit elle-même beaucoup aux diktats des décideurs. «Il n’en reste pas moins, enchaînent les diplomates cités, que les puissances extérieures sont convaincues que la présence syrienne reste nécessaire pour protéger les Libanais de leurs vieux démons. Le climat actuel, marqué par des tensions paroxystiques, semble leur donner raison. Et peu leur chaut l’initiateur réel de cet apparent clivage national. Peu leur importe de savoir qui bat les tambours de guerre, qui organise à l’Unesco des manifestations évoquant les pages noires du passé pour en menacer l’avenir. Le mot d’ordre, simple sinon simpliste, est qu’il ne faut pas prendre le risque de voir le Liban imploser de nouveau. Car les retombées sur le plan régional seraient redoutables. Cette obsession ouvre la voie à une tactique aussi efficace qu’éprouvée : souffler sur les braises pour justifier le recours au pompier. Présenté comme une nécessité d’autant plus urgente qu’il faut faire face à la montée en puissance du bellicisme israélien incarné par Sharon». Ces diplomates s’étonnent que les Libanais ne se rappellent pas «la forte désillusion du président Sarkis. Après la fin des hostilités locales, cet homme d’État avait cru pouvoir demander le départ des Syriens. Le président Amine Gemayel puis le général Michel Aoun avaient ensuite fait de même. Mais le mandat de la soi-disant Force de dissuasion arabe, qui était essentiellement syrienne, se trouvait reconduit de six mois en six mois comme si de rien n’était. Cela n’aurait pas été possible, il faut le répéter, sans une décision euro-américaine et régionale constante dans ce sens. Une position commune a été communiquée récemment aux parties intéressées : il n’existe aucun soutien occidental au courant qui réclame le retrait ou même le simple redéploiement des forces syriennes. Les Syriens pourraient rester même après la conclusion d’une paix régionale. Les Libanais doivent en tenir compte». Certains le font. Ainsi le président Nabih Berry affirme qu’il est inopportun de soulever la question de la présence militaire syrienne. Le président Rafic Hariri trouve de son côté que cette présence est un facteur positif de stabilité. Ou de cet ordre qui jadis régnait à Varsovie.
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