Un véhicule mal entretenu et circulant dans de très mauvaises conditions (généralement reconnaissable à la fumée blanche et noire qui se dégage de son pot d’échappement) équivaut, en matière d’émissions nocives, à dix voitures bien entretenues à carburant et sans pot catalytique, à vingt voitures bien entretenues à injection directe et sans pot catalytique, et… à 200 voitures bien entretenues, à injection directe et avec pot catalytique ! D’où le fait qu’un petit nombre de véhicules causent la majeure partie de la pollution… Ces estimations ont été présentées par Alan Shihadeh, du département de génie mécanique à l’AUB, lors de son intervention au séminaire organisé conjointement par le Conseil libanais de l’environnement et du développement, le ministère de l’Environnement et l’association Friedrich Ebert. M. Shihadeh a parlé des facteurs qui déterminent le volume d’émissions par personne, par véhicule et par kilomètre : les structures urbaines, les parkings, les voitures garées sur les trottoirs (donc difficulté pour les piétons), les alternatives (bicyclette, transports publics…), l’entretien du véhicule, sa taille, son âge, le carburant qui y est utilisé, les mesures de contrôle des émissions, le type du moteur. Ce spécialiste a précisé qu’il n’y avait aucune preuve que l’utilisation d’essence sans plomb dans des voitures anciennes non pourvues de pot catalytique soit nuisible au moteur. Au contraire, a-t-il souligné, l’élimination du plomb ne peut que réduire le coût d’entretien en cas de voitures anciennes. C’est ce qu’ont montré les études disponibles sur le sujet, selon lui. Si l’essence sans plomb est recommandée, existe-t-il pour autant des substituts plus propres que l’essence en général ? Riad Chédid, également de l’AUB, a traité des énergies nouvelles et renouvelables et de leur disponibilité, de leurs avantages et de leurs inconvénients. «97 % de l’énergie consommée au Liban est créée à l’aide de matières importées», a-t-il constaté, faisant remarquer que pour une meilleure solution au problème de la pollution, il fallait ouvrir tout grand le dossier de l’énergie sous tous ses aspects. «Or, la facture liée à l’énergie ne cesse de s’alourdir avec le temps, vu la flambée des prix de pétrole». Parmi les énergies nouvelles, M. Chédid a évoqué le gaz naturel, formé à 85 ou 95 % de méthane. Il est très bon marché, propre et abondant dans le monde. Il existe aujourd’hui un million de véhicules circulant au gaz naturel. La reconversion d’un moteur à essence en moteur à gaz coûte 1 500 à 4 000 dollars, mais économise à son propriétaire quelque 4 000 à 6 000 dollars en consommation, puisque la voiture roule davantage avec le gaz qu’avec une même quantité d’essence. Le gaz de pétrole liquide est utilisé par quelque 4 millions d’automobilistes dans le monde. La reconversion du moteur coûte de 800 à 1 500 dollars. Mais il demeure dangereux en cas d’incendie. Parmi les énergies renouvelables, M. Chédid cite le méthanol, très propre mais coûteux, disponible en petite quantité et dangereux car facilement inflammable. L’éthanol (extrait de matières naturelles comme le sucre ou le soja) est une meilleure solution en matière de sécurité, et alimente quelque 4 millions de véhicules au Brésil. Mais il n’est rentable qu’avec des prix agricoles bas : il coûte actuellement un milliard de dollars par an au gouvernement brésilien en soutien aux agriculteurs. Il reste l’hydrogène, très cher pour le moment mais prometteur dans un avenir pas très proche, comme toutes les énergies renouvelables d’ailleurs. «L’alternative la plus logique pour l’avenir proche est le gaz naturel», a estimé M. Chédid.
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