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Actualités - Opinions

La règle de trois

Liberté. Égalité. Fraternité. Vérité. Triangle. Trio. Troïka. Triumvirat. Certains mots qui finissent par té sonnent beaucoup moins bien que certains autres qui commencent, eux, par T. C’est la règle. Sauf que, pour quelques-uns, quelque part, quelquefois, les premiers ont infiniment plus de saveur, d’odeur, de couleur et... d’intérêt que les seconds. Affinités électives ? Sensibilité exacerbée ? Intelligence pratique innée ? Besoins béants de pouvoir ? Peu importe. Ce qu’il faudrait savoir, c’est que les afficionados des ménages à trois appartiennent, certes heureusement, à une espèce qui ne risque pas le dégraissage pour cause de surnumérisation. Sauf qu’ils ne sont pas vraiment discrets, pas particulièrement timides ou timorés et souvent omnipotents. C’est la règle. Un ménage à trois obéit à des règles simples mais fondamentales, indispensables à la bonne tenue comme à la longévité de la (souvent dangereuse) liaison. L’un débarrasse la table du repas, le second fait la vaisselle, le troisième essuie. Les trois ont mangé. L’un lave le linge sale, le second l’étend, le troisième le repasse. Les trois se sont habillés. L’un sème les graines, l’autre les arrose, le troisième cueille les fruits. Les trois sont sûrs de manger de la très bonne confiture. L’un change d’aire, d’ère et d’air à Ryad, le second à Rome, le troisième à Pékin. Les trois respirent. L’un gère les trains, le second les chefs de gares, le troisième la vente des billets. Les trois y retrouvent leur petits. Etc, etc, etc. C’est la règle. Le bonheur... Ou ce qui y ressemble de très près. James Wolfensohn a dû certainement lire un rapport quasi complet sur la base de ce scénario avant de prodiguer, il y a quelques semaines, son conseil principal aux Libanais... Sauf qu’au sein des ménages à trois, les scènes (de ménage) sont en moyenne beaucoup plus nombreuses que celles qui viennent émailler, dégrader, pimenter n’importe quel couple dit normal – c’est-à-dire constitué de deux et seulement deux êtres humains. Dans ce genre de situation, 3 égale beaucoup plus généralement 2+1 que 1+1+1. C’est la règle. Dans ce genre de situation, c’est assez régulièrement 2 contre 1. La romance tourne vite au X, toutes les violences sont alors permises. Et les coups bas, fourrés ou de poignard dans le dos se multiplient avant l’inévitable réconciliation, sur ou loin de l’oreiller. Raison d’état (d’âme...) oblige. Lorsque les trois membres d’un ménage à trois s’en mettent plein la gueule, la règle veut qu’il y ait beaucoup d’assiettes cassées. Qu’un nombre, plus ou moins important, de personnes gravitant autour des trois partenaires subisse les conséquences naturelles – souvent infernales – de leur brouille, de leur déchirements. Et puis, toujours selon la règle, une fois la tempête passée, tout redevient tellement si beau dans le meilleur des mondes. Où l’on s’embrasserait presque sur la bouche, à trois. Au Liban, comme pour presque tout, rien n’est pareil. Le Liban, comme pour presque tout, est l’exception qui confirme la règle. Ici, lorsque le ménage à trois casse la vaisselle, enclenche les concertations pour réapprendre l’amour ou s’immerge en plein nirvana, c’est pareil. Trois millions et demi de personnes, dans ces trois cas de figure, en prennent, au mieux, plein la gueule. Au pire, elles sont prises pour des crétines finies, des moins que rien, des ectoplasmes. C’est la règle. Cela s’appelle la règle de trois.
Liberté. Égalité. Fraternité. Vérité. Triangle. Trio. Troïka. Triumvirat. Certains mots qui finissent par té sonnent beaucoup moins bien que certains autres qui commencent, eux, par T. C’est la règle. Sauf que, pour quelques-uns, quelque part, quelquefois, les premiers ont infiniment plus de saveur, d’odeur, de couleur et... d’intérêt que les seconds. Affinités électives ? Sensibilité exacerbée ? Intelligence pratique innée ? Besoins béants de pouvoir ? Peu importe. Ce qu’il faudrait savoir, c’est que les afficionados des ménages à trois appartiennent, certes heureusement, à une espèce qui ne risque pas le dégraissage pour cause de surnumérisation. Sauf qu’ils ne sont pas vraiment discrets, pas particulièrement timides ou timorés et souvent omnipotents. C’est la règle. Un ménage à trois obéit...