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Actualités - Chronologies

POINT DE VUE - Adonis, de l’image au mot, et retour

À Paris, jusqu’à la fin du mois de février, l’Institut du monde arabe a consacré au poète Adonis une exposition-hommage réunissant une multitude d’œuvres plastiques inspirées de ses écrits. Grand complice des peintres, Adonis avait réservé aux spectateurs de l’exposition une surprise de taille en révélant des collages de son cru. Ces œuvres que le poète qualifie plutôt de rakima, «terme arabe qui désigne une page sur laquelle on trouve en même temps l’écriture, la couleur et le dessin» (Beaux-Arts magazine, fév 2001), étaient données à voir dans une salle à part et sont actuellement acheminées vers Tanger. Elles ont inspiré à l’artiste Tan Bak une analyse que nous reproduisons ci-après. «L’écriture fut d’abord image, signe qui tente de sonder les secrets de la création. Égyptiens, Chinois, Arabes, Mésopotamiens, tous ces peuples partagent un sens du sacré intrinsèque à l’art et à l’écriture. Parce que l’écriture, outre sa fonction de transmettre un message, est d’abord, et jusqu’à l’avènement de Gutenberg, un art graphique. Avec l’imprimerie, la graphie se videra de tout contenu artistique pour n’être plus que véhicule de sens. En Europe, reprise par Picasso et les cubistes, la lettre réintègre le champ visuel ; mais en Orient, depuis les origines, dessin et couleur vivent en parfaite harmonie. «À la galerie Aréa à Paris, ainsi qu’à l’Institut du monde arabe qui lui a rendu hommage, Adonis a présenté une œuvre graphique. On le connaît poète. Sa poésie a toujours attiré les peintres. Le magnétisme est de règle entre le mot et l’image. Les poètes sont colporteurs d’images et les peintres reconnaissent au champ poétique une essence et une préoccupation proches de la leur. Emprunter le langage de l’autre est tentation. On s’y risque d’instinct, par goût du jeu, esprit de découverte, puis par défi. Comme Victor Hugo, comme Michaux, une même sensibilité pousse Adonis à s’exprimer différemment. «Adonis plasticien. L’homme n’a pas fini de se dévoiler, d’enfoncer des portes intimes vers de nouveaux ailleurs. Il en jaillit une œuvre spontanée, homogène. Il est vrai qu’il a longtemps côtoyé les peintres, mais ce métier-là ne s’apprend pas. On le porte en soi. L’impératif de placer du rouge, que du rouge, là ; une ligne qui casse et soutient, un point pour équilibrer ou déséquilibrer l’ensemble, évidemment on acquiert cela au prix d’un labeur assidu, mais c’est l’instinct inné, désobéissant à toute raison, à tout dogme, qui prend le dessus. «Adonis reste fidèle à son matériau : l’écrit. Des mots dépoussiérés de leur sens dont il ne subsiste que l’empreinte physique. Une écriture hâtive qui tisse une trame régulière, un tapis qui couvre tout l’espace. Il n’y a là aucun exercice de style, loin de la calligraphie-pour-faire-beau. Par moments, l’écriture se plisse, se resserre, perd ses déliés, devient gribouillis. Ainsi deux rythmes, deux respirations qui se chevauchent. Au centre apparaît une forme fœtale, vaguement humaine, épouvantail aux yeux ronds de l’étonnement du monde. Tantôt animal imaginaire ou espèce organique vibrante de sa propre matière. «Les mots se taisent. Quand l’image parle, elle fait tressaillir les silences. Elle raconte l’essentiel, le primordial, toute cette fragilité d’être homme, sur la terre calcaire de l’olivier. Terre blanche creusée depuis le début des temps par les sillons de l’écriture où l’homme est seul. Tout créateur charrie la mémoire de douleur et de joie de son peuple. «Avec des cailloux, des bribes de tissus jetés sur l’écriture d’une feuille, de l’ordinaire, Adonis nous offre une œuvre picturale intense, originale, qui n’est à la remorque d’aucune école occidentale».
À Paris, jusqu’à la fin du mois de février, l’Institut du monde arabe a consacré au poète Adonis une exposition-hommage réunissant une multitude d’œuvres plastiques inspirées de ses écrits. Grand complice des peintres, Adonis avait réservé aux spectateurs de l’exposition une surprise de taille en révélant des collages de son cru. Ces œuvres que le poète qualifie plutôt de rakima, «terme arabe qui désigne une page sur laquelle on trouve en même temps l’écriture, la couleur et le dessin» (Beaux-Arts magazine, fév 2001), étaient données à voir dans une salle à part et sont actuellement acheminées vers Tanger. Elles ont inspiré à l’artiste Tan Bak une analyse que nous reproduisons ci-après. «L’écriture fut d’abord image, signe qui tente de sonder les secrets de la création. Égyptiens,...