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Actualités - Chronologies

Un tournant dans l’histoire de CNN

La guerre du Golfe, avec ses images choc retransmises en direct pendant des semaines sur les écrans du monde entier, a consacré l’avènement de CNN et d’une nouvelle forme de journalisme télévisé, instantané et en continu. La chaîne américaine, créée dix ans plus tôt sur un pari audacieux, celui de l’info 24 heures sur 24, a conquis en l’espace d’une nuit une audience planétaire que personne n’a réussi depuis à lui ravir. Grâce à une liaison téléphonique de fortune, ses trois reporters vedettes, Bernard Shaw, Peter Arnett et John Holliman, commentent en direct le début de la guerre depuis leur chambre d’hôtel à Bagdad, dans la nuit du 16 au 17 janvier. Les autres médias américains n’ont plus de moyen de transmission. CNN n’a pas d’images, mais laisse ses correspondants décrire ce qu’ils voient et entendent, dans le vrombissement des avions américains et les détonations des tirs de la DCA irakienne. «Nous avons parlé à l’antenne pendant 17 heures d’affilée», se souvient Peter Arnett. Deux jours plus tard, les autorités expulsent la quasi-totalité des correspondants étrangers. Peter Arnett, lui, reste. Pendant dix jours, il sera l’un des seuls journalistes occidentaux accrédités à Bagdad et le témoin de la guerre pour des centaines de millions de téléspectateurs. La guerre du Golfe devient celle de CNN. La chaîne retransmet non-stop en direct les bombardements américains, les tirs de Scud irakiens sur Israël et le hurlement des sirènes à Jérusalem. «CNN était alors la seule chaîne capable de montrer toute la journée la guerre. Ils ont été là heure après heure, jour après jour», se souvient David Rubin, doyen de la faculté de journalisme et de communication de Syracuse (est des États-Unis). Les grands réseaux américains, ABC, CBS ou NBC, ont d’autres impératifs. «Il n’était pas question pour eux de perdre de l’argent en remplaçant trop longtemps la grille normale des programmes par la guerre en direct», note-t-il. Les critiques s’accumulent bientôt contre CNN, accusée par les uns de relayer la propagande irakienne, par les autres d’être prisonnière de l’armée américaine qui ne montre que ce qu’elle veut bien montrer sur le champ de bataille. À Bagdad, Peter Arnett est sous surveillance permanente. Il ne peut mettre un pied hors de l’hôtel sans être accompagné par un garde et doit soumettre le script de ses reportages à la censure irakienne. Le 23 janvier, il est conduit dans un bâtiment détruit par une bombe, une fabrique de lait en poudre selon les Irakiens, une installation pour la production d’armes biologiques selon la Maison-Blanche, qui crie aussitôt à la manipulation. Aux yeux d’une partie de l’opinion américaine, Peter Arnett passe peu à peu pour un traître, surtout lorsque cinq jours plus tard, il obtient une interview exclusive de Saddam Hussein. La direction de la chaîne préfère faire confiance à sa longue expérience de correspondant de guerre, du Vietnam à l’Afghanistan, et à l’intérêt mondial pour ses exclusivités. «Arnett rapporte ce que les Irakiens disent, ainsi que ses propres observations (...) CNN pense qu’il est de l’intérêt de nos téléspectateurs qu’il reste (...) Il y a au moins là quelqu’un qui envoie des observations que vous n’aurez nulle part ailleurs», déclare alors le fondateur de CNN, Ted Turner. La guerre du Golfe constitue un tournant pour CNN qui s’impose très vite, par l’ampleur de ses moyens et sa réputation, comme le média de référence à chaque crise internationale, du putsch manqué de Moscou en août 1991 au conflit du Kosovo en 1999. Lancée avec à peine 200 personnes, CNN compte aujourd’hui 4 000 employés.
La guerre du Golfe, avec ses images choc retransmises en direct pendant des semaines sur les écrans du monde entier, a consacré l’avènement de CNN et d’une nouvelle forme de journalisme télévisé, instantané et en continu. La chaîne américaine, créée dix ans plus tôt sur un pari audacieux, celui de l’info 24 heures sur 24, a conquis en l’espace d’une nuit une audience planétaire que personne n’a réussi depuis à lui ravir. Grâce à une liaison téléphonique de fortune, ses trois reporters vedettes, Bernard Shaw, Peter Arnett et John Holliman, commentent en direct le début de la guerre depuis leur chambre d’hôtel à Bagdad, dans la nuit du 16 au 17 janvier. Les autres médias américains n’ont plus de moyen de transmission. CNN n’a pas d’images, mais laisse ses correspondants décrire ce qu’ils...