Les Israéliens et les Palestiniens attendaient peu du secrétaire d’État américain Colin Powell qui effectue ce week-end sa première tournée dans la région depuis l’installation à la Maison-Blanche de la nouvelle Administration républicaine. L’Administration du président George W. Bush a fait savoir que Powell n’était pas porteur d’une initiative visant à relancer la recherche de la paix entre Israéliens et Palestiniens. Cette Administration reste prudente sur le Proche-Orient alors que l’ancien président Bill Clinton avait cherché jusqu’à la dernière minute un accord de paix entre les deux parties. «J’ai l’impression que cette Administration est plus réaliste. Contrairement à l’ancienne équipe, elle n’entretient pas d’illusions sur le Proche-Orient», a estimé l’ancien ministre israélien de la Défense Moshé Arens, qui s’est récemment rendu à Washington à la demande du Premier ministre israélien élu de droite, Ariel Sharon. M. Powell est attendu en Israël samedi où il doit rencontrer M. Sharon, le Premier ministre sortant Ehud Barak et le président Moshé Katsav. Il doit ensuite se rendre dimanche à Gaza pour s’entretenir avec le président palestinien Yasser Arafat. Depuis son élection triomphale le 6 février, M. Sharon a tiré un trait sur plusieurs des compromis évoqués par M. Barak avec les Palestiniens, notamment un contrôle palestinien de quartiers de Jérusalem-Est, annexé par Israël, et le démantèlement d’une partie des colonies. Les Palestiniens n’ont cessé de s’interroger sur les intentions de la nouvelle Administration américaine, craignant de voir Washington s’impliquer moins dans la recherche de la paix. Le ministre palestinien des Finances, Mohammed Nachachibi, a déclaré que l’Autorité palestinienne souhaitait voir M. Powell reconnaître, comme base de négociations, le principe de «la terre contre la paix» et non celui de la «sécurité contre la paix» défendu par M. Sharon. Il a ajouté que les Palestiniens entendent demander au secrétaire d’État américain d’intervenir pour obtenir la levée du bouclage des territoires palestiniens. Mercredi, le ministre palestinien de l’Information, Yasser Abed Rabbo, a demandé à Washington de faire pression sur Israël pour que «cessent les assassinats» de Palestiniens. «Israël continue d’utiliser des armes américaines lors d’exécutions extra-judiciaires», a déclaré M. Abed Rabbo dans une lettre à l’ancien sénateur américain George Mitchell, à la tête de la Commission d’établissement des faits sur les affrontements qui ont fait jusqu’à présent 417 morts, dont une grande majorité de Palestiniens. M. Powell arrive dans la région à la suite de raids américano-britanniques sur les environs de Bagdad qui ont été vivement condamnés par une majorité de pays arabes. Des milliers de Palestiniens sont descendus dans la rue pour protester contre les frappes, et beaucoup ont appelé le président irakien Saddam Hussein à lancer des missiles sur Tel-Aviv comme il l’avait fait en 1991 lors de la guerre du Golfe. Un proche conseiller de M. Arafat, Nabil Abou Roudeina, a déclaré à la suite de l’attaque contre Bagdad que cette action «ne fera qu’augmenter la tension». «Les États-Unis perdent leur temps. Ils devraient se concentrer sur leur rôle de parrain du processus de paix afin de maintenir la sécurité et la stabilité» dans la région, a-t-il indiqué. À l’inverse, les raids ont été bien accueillis par les Israéliens. «Aucun sentiment général envers l’Administration Bush ne s’est dessiné avec précision jusqu’ici en Israël», a estimé Judith Elizur, de l’Université hébraïque de Jérusalem. «Mais s’attaquer à l’Irak est certainement compréhensible pour les Israéliens. Après tout, il (Saddam Hussein) nous a bombardés», a-t-il ajouté.
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