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Actualités - Chronologies

Le silence gêné des Européens divisés

Les raids américano-britanniques contre Bagdad ont suscité un embarras manifeste de l’Union européenne (UE), qui a préféré garder le silence plutôt que d’étaler des divergences illustrant le chemin à parcourir avant la mise en place d’une véritable politique étrangère commune. Signe le plus clair de ce malaise, Javier Solana, le «Monsieur politique étrangère» de l’UE, s’est abstenu de tout commentaire sur les bombardements de vendredi en Irak. Assaillis lundi de questions lors de leur point de presse quotidien, les porte-parole de la Commission européenne ont fini par concéder que «les États membres sont divisés sur la politique à suivre à l’égard de l’Irak», après avoir rappelé que l’affaire était avant tout du ressort du Conseil de sécurité de l’Onu. «Les divergences sur l’Irak sont telles que nous n’essayons même pas d’en parler entre nous. C’est le sujet non communautaire par excellence, il est inutile d’y gaspiller notre énergie», assure un diplomate en poste à Bruxelles. En participant à ces bombardements, les Britanniques ont une fois de plus apporté la preuve qu’ils entendent préserver leurs liens privilégiés avec les États-Unis. Quitte à froisser leurs partenaires européens en les tenant dans l’ignorance des actions en préparation. Avec l’arrivée au pouvoir de George W. Bush et le retour au premier plan du débat sur le bouclier américain antimissile, «il y a un vrai risque de voir Londres faire de plus en plus souvent cavalier seul», s’inquiète un autre diplomate. Sur l’Irak, note-t-il, les Pays-Bas restent proches des Britanniques en prônant également un «strict respect des conditions imposées par l’Onu». À l’autre extrême, la France et l’Espagne plaident pour une révision de l’embargo qui, selon elles, affecte la population civile sans ébranler pour autant le pouvoir du président Saddam Hussein. La France a publiquement manifesté hier son mécontentement par la voix de son ministre des Affaires étrangères Hubert Védrine. «Nous disons depuis longtemps qu’il n’y a pas de bases de légalité internationale pour ce type de bombardements», a-t-il dit. Selon un haut fonctionnaire européen, «c’est précisément là le fond du débat : les sanctions décidées par l’Onu donnent-elles ou non le droit de frapper Bagdad?». «Comme les Européens sont en désaccord total sur ce point, ils préfèrent en parler dans le cadre des Nations unies plutôt que de l’évoquer à Bruxelles en sachant qu’ils ne pourront pas trouver de terrain d’entente». Ce fonctionnaire compare la mise en place de la politique étrangère européenne à la construction d’une maison : «Tenter de se mettre d’accord sur l’Irak reviendrait à vouloir installer le toit avant d’avoir monté les murs». Si les Européens ont pu s’unir dans les Balkans, c’est avant tout selon lui «en raison de la proximité géographique». «La stabilité de cette zone nous affecte directement, c’est pourquoi nous y avons dépensé une énergie considérable», explique-t-il. Il prédit en revanche que la politique arabe restera encore longtemps un domaine réservé aux diplomaties nationales. Quant au processus de paix israélo-palestinien, certains dirigeants européens reconnaissent sans détours que les États-Unis sont les seuls maîtres du jeu. «L’Europe paie la note mais n’a rien à dire dans la négociation», avait constaté au début du mois le ministre belge des Affaires étrangères Louis Michel.
Les raids américano-britanniques contre Bagdad ont suscité un embarras manifeste de l’Union européenne (UE), qui a préféré garder le silence plutôt que d’étaler des divergences illustrant le chemin à parcourir avant la mise en place d’une véritable politique étrangère commune. Signe le plus clair de ce malaise, Javier Solana, le «Monsieur politique étrangère» de l’UE, s’est abstenu de tout commentaire sur les bombardements de vendredi en Irak. Assaillis lundi de questions lors de leur point de presse quotidien, les porte-parole de la Commission européenne ont fini par concéder que «les États membres sont divisés sur la politique à suivre à l’égard de l’Irak», après avoir rappelé que l’affaire était avant tout du ressort du Conseil de sécurité de l’Onu. «Les divergences sur l’Irak sont...