Éducation prolongée, carrières féminines en développement accéléré, âge de mariage différé... Autant de facteurs qui contribuent à retarder la mise au monde des enfants. Sans parler de la maîtrise, par la femme, de sa fertilité... La maternité débute ainsi plus tard qu’auparavant. Le phénomène devient de plus en plus flagrant et ceci autant dans les sociétés favorisées que celles qui ne le sont pas, mais où l’apport économique de la femme est d’une nécessité vitale pour la famille. Si les raisons et les facteurs qui intensifient de plus en plus le retard de procréer diffèrent, le fait reste le même, faisant de la maternité tardive un des traits saillants de l’époque actuelle. La maîtrise de la fécondité, on le constate de plus en plus, a bouleversé profondément les vieilles assises de la société. Le vingtième siècle a ainsi permis aux femmes, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, de faire coïncider la naissance de leurs enfants avec la période qui convient le mieux à leur vie autant familiale que personnelle et professionnelle. Résultat : l’âge de la mise au monde du premier enfant, qui au début du XXe siècle se situait peu après l’adolescence, aujourd’hui dans les pays industrialisés et économiquement développés s’établit entre 26 et 29 ans... D’autres facteurs sont, certes, impliqués dans ce retard. L’allongement de la durée des études, la généralisation du travail des femmes, leurs activités professionnelles parfois très absorbantes interviennent également. Un autre élément qui entre en jeu est le goût d’indépendance acquis par les femmes et une conception plus refléchie de la maternité. Les développements professionnels imposent des efforts assidus et des servitudes incompatibles avec la vie domestique et les obligations maternelles. Si on peut s’arranger pour la première, une perception plus réfléchie du rôle maternel incite à remettre à une période moins encombrée la mise au monde d’un enfant. La fin donc des familles nombreuses ? Rien d’alarmant pour l’instant, car les nouveaux traitements de la stérilité, une meilleure hygiène, des parents plus avertis contribuent à préserver l’équilibre démographique. N’oublions pas, par ailleurs, que la période de fécondité des femmes s’est allongée. Si la mise au monde d’un enfant par des mères de moins de vingt ans est en diminution notable, celle des femmes de plus de 40 et 45 ans accuse une progression stable ces dernières années, selon des évaluations fiables. Des mutations bénéfiques Le bilan donc reste positif. La maternité tardive, loin d’être une contrainte négative, reflète une évolution des mentalités et des mœurs. Les divorces massifs enregistrés les dernières décennies du XXe siècle ont enseigné aux jeunes générations la prudence. Les femmes prennent leur temps et les hommes essaient la vie à deux avant d’élargir le cercle. Selon les spécialistes, les femmes en s’y mettant plus tard sont aussi plus vigilantes et mieux informées qu’auparavant. Plus responsables, plus anxieuses, elles deviennent plus prudentes, se soumettant à un suivi médical que leurs mères et grands-mères considéraient comme une corvée inutile et contraignante au lieu d’une mesure essentielle, comme c’est le cas aujourd’hui. On pourrait craindre que ce «vieillissement» maternel ne modifie la relation avec l’enfant. Or, ce n’est nullement le cas. D’après Edwige Autier (pédiatre et diplômée en psychopathologie de l’enfant, auteur de nombreux ouvrages traitant de diverses questions périnatales), les femmes devant vivre plus longtemps selon les prévisions scientifiques, le problème ne se pose pas. Déjà une femme de 40 ans actuellement correspond à sa mère à... 30 ans, avec l’avantage que sachant «s’entretenir» elle saura soigner son capital et faire durer de plus en plus longtemps «le temps des cerises»... Autour de nous les exemples se multiplient à vue d’œil. Tout, absolument tout, se concerte pour effacer les pas du temps sur la personne humaine et les frontières reculent de plus en plus rapidement. Ainsi le problème qui se posait, lancinant dans le temps, pour «les enfants de vieux» ne se pose plus avec la même acuité... «Enfant de vieux ?», dira-t-on peut-être à la fin de ce siècle qui commence, «quels vieux ? Il n’en existe plus...».
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