L’élection du chef de la droite nationaliste Ariel Sharon au poste de Premier ministre en Israël laisse présager une période de fortes turbulences pour le processus de paix israélo-arabe et pour tout le Proche-Orient. Les Palestiniens et les pays arabes s’attendent au pire, compte tenu du passé de M. Sharon, 72 ans, qu’ils considèrent comme un criminel de guerre depuis le massacre en 1982 de centaines de réfugiés palestiniens dans les camps de Sabra et Chatila, à Beyrouth, par une milice chrétienne alliée d’Israël. M. Sharon était à l’époque ministre de la Défense. «Sharon a cette image de monstre», déclare Mark Heller, analyste au Centre Jaffee d’Études stratégiques de l’université de Tel-Aviv. «Je crois que parfois les mères arabes disent à leurs enfants que s’ils ne se tiennent pas bien, Sharon va venir les attraper», poursuit-il. Et d’ajouter que les détracteurs de M. Sharon ont «des raisons d’être inquiets», notamment parce qu’il n’y a «pratiquement aucune chance que l’apparence même d’un processus de paix sera maintenu» sous un gouvernement Sharon en raison de ses positions. Mais au-delà de sa réputation exécrable, la politique d’Israël sous un gouvernement Sharon dépendra en fait de la nature de sa coalition gouvernementale. Si M. Sharon, chef du Likoud, parvient à mettre sur pied un gouvernement d’union nationale avec le Parti travailliste, les risques pour le processus de paix avec les Palestiniens et les dangers de conflit régional seront alors nettement moindres. Si, en revanche, les travaillistes refusent de participer à un tel gouvernement, alors M. Sharon devra former une coalition limitée aux seuls partis de droite et d’extrême droite et aux partis religieux. Dans un tel cas de figure, M. Sharon sera «prisonnier de l’extrême droite» et «il n’y aura alors aucune chance de faire avancer le processus de paix, car c’est l’extrême droite qui déterminera la politique», indique David Kimche, président du Conseil israélien des relations extérieures, un institut d’études. M. Kimche est convaincu que M. Sharon veut à tout prix éviter une telle situation, d’où ses appels répétés à la formation d’un gouvernement d’union nationale. Dans une tribune libre publiée hier par le quotidien Maariv, M. Sharon a ainsi assuré qu’il s’agirait de sa première tâche après son éventuelle victoire. Mais pour que le Parti travailliste accepte de participer à un gouvernement Sharon, encore faudrait-il qu’il y ait «un programme qu’il puisse accepter», explique M. Kimche. Or, les déclarations de M. Sharon durant la campagne ne laissent aucun espoir aux Palestiniens et apparaissent inacceptables pour les travaillistes. M. Sharon a ainsi exclu d’emblée tout nouveau transfert de territoires au profit des Palestiniens, ainsi que le démantèlement de la moindre colonie de peuplement. Il a aussi réaffirmé avec force mardi qu’il préserverait la souveraineté israélienne sur la totalité de Jérusalem. Ce qui revient à dire que les Palestiniens devraient se contenter des territoires qu’ils contrôlent actuellement, partiellement ou totalement, soit environ les deux tiers de la bande de Gaza et quelque 42 % de la Cisjordanie. On est très loin des concessions envisagées par le gouvernement de M. Barak lors des récentes négociations de Taba (Égypte), puisque dans le cadre d’un accord final, il serait prêt à céder toute la bande de Gaza et plus de 90 % de la Cisjordanie aux Palestiniens, ainsi qu’une partie de Jérusalem-Est. Même si les déclarations de M. Sharon durant la campagne constituent simplement une position de départ, M. Kimche estime impensable que les Palestiniens puissent conclure un accord qui soit en deçà des bases discutées à Taba. Or rien, dans son passé et ses prises de position récentes, n’amène à penser que M. Sharon soit prêt à un tel reniement.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats L’élection du chef de la droite nationaliste Ariel Sharon au poste de Premier ministre en Israël laisse présager une période de fortes turbulences pour le processus de paix israélo-arabe et pour tout le Proche-Orient. Les Palestiniens et les pays arabes s’attendent au pire, compte tenu du passé de M. Sharon, 72 ans, qu’ils considèrent comme un criminel de guerre depuis le massacre en 1982 de centaines de réfugiés palestiniens dans les camps de Sabra et Chatila, à Beyrouth, par une milice chrétienne alliée d’Israël. M. Sharon était à l’époque ministre de la Défense. «Sharon a cette image de monstre», déclare Mark Heller, analyste au Centre Jaffee d’Études stratégiques de l’université de Tel-Aviv. «Je crois que parfois les mères arabes disent à leurs enfants que s’ils ne se tiennent pas bien,...