La protection de la vie privée sur Internet fera l’objet de débats animés cette année au Congrès américain, mais une loi pourrait ne pas suffire à régler le problème. Pour avoir vu passer en 2000 plus d’une demi-douzaine de propositions de loi sur la confidentialité en ligne des données personnelles et avoir reçu plusieurs demandes de la Commission fédérale du commerce (FTC) afin de combler ce vide juridique, le Congrès est conscient de l’urgence de la situation. «Dans l’économie d’aujourd’hui, portée par la haute technologie, et où un nombre croissant de consommateurs dépendent de Internet pour leur travail et leur vie personnelle, il est essentiel d’établir un ensemble de règles pour protéger la vie privée», a indiqué récemment le représentant républicain Chris Cannon, coauteur du dernier projet de loi présenté au Congrès. «Les consommateurs ne devraient pas avoir à raconter leur vie à chaque fois qu’ils surfent sur Internet», a renchéri sa collègue démocrate Anna Eshoo. George W. Bush n’a pas encore pris position sur le sujet. Durant la campagne, il avait toutefois dit «qu’il soutiendrait une loi qui considérerait comme un crime de vendre des numéros de Sécurité sociale sur Internet», rappelle Jimmy Orr, porte-parole de la Maison-Blanche. Deux camps s’opposent sur le degré de protection nécessaire. Ceux qui réclament «l’opt-in», soit «le choix d’entrer» sur un site en fonction de sa politique de confidentialité. Dans ce cas de figure, le site doit annoncer quel usage il fera des données collectées et c’est à l’internaute de donner son aval pour l’utilisation des informations. Les partisans de «l’opt-out» estiment que tout internaute qui ne fait pas la démarche lui-même se soumet par défaut à la politique du site et accepte de partager des informations le concernant. Si la plupart des élus, comme Anna Eshoo ou Chris Cannon, sont en faveur de l’opt-in, la majorité des entreprises plébiscitent la seconde solution en considérant l’opt-in comme un frein au développement du commerce en ligne. Il ne s’agit pas de diaboliser les entreprises qui, affirme l’AeA (American Electronics Association), «sont très conscientes qu’il n’existe pas de plus grosse menace à l’encontre des relations entre consommateurs et sociétés en ligne, que le problème de la confidentialité». Pour ce lobby d’entreprises high-tech, le gouvernement doit uniformiser les lois des différents États. Une décision du Congrès est nécessaire, sinon «notre industrie pourrait se trouver confrontée à un fatras de nouvelles lois contradictoires qui gêneront le commerce électronique». Seulement, «il n’est pas évident qu’une loi nous sauvera», selon Jeffrey Rosen, professeur de droit à l’Université de Washington. Une étude menée par Consumers International, une association de consommateurs, montre que malgré des lois européennes sur la question, le niveau de protection de la vie privée n’est pas meilleur en Europe. Le meilleur moyen reste donc pour Jeffrey Rosen de «recouvrir soi-même ses traces», avec l’aide des nombreux sites de cryptage, comme Anonymizer ou Zero-Knowledge qui permettent à l’internaute, «grâce à une encre invisible», de surfer tout en restant anonyme. Anonymizer par exemple propose d’agir «comme un intermédiaire entre vous et les sites que vous visitez, en dissimulant votre identité et en empêchant toute action pour vous suivre à la trace ou recueillir des données sur vous». Mais ces systèmes-écrans ralentissent souvent la vitesse d’exécution du réseau, une faiblesse qui dissuade une majorité d’internautes, généralement plus pressés d’obtenir l’information que de protéger leur identité.
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