Chaque époque a connu ce moment où le spleen des bien-nourris les poussait hors du cadre de leur somptueuse existence vers des lieux inspirés, susceptibles de leur assurer une renaissance salvatrice. L’Extrême-Orient, tantôt les nids d’aigles des Incas ou les ashrams indiens offraient un objectif à une quête indéfinissable inspirée par l’ennui... Notre époque ne déroge pas à la règle. Aujourd’hui aussi il y a des meutes de gens qui engloutissent une fortune pour avoir le droit de s’ennuyer dans quelque coin perdu, non contaminé par le confort matérialiste actuel. En cherchant sur la carte ou auprès des agences, on finit toujours par découvrir quelques coins, vestiges de paradis perdus. Comme ils sont de plus en plus rares, ils sont aussi très (très) cher. Souffrir et se ruiner pour trouver un sens à sa vie sont donc du dernier chic international. Club de fitness accroché aux pentes escarpées des Andes, camp spartiate logé dans le désert, colonie au confort préhistorique nichée dans une région oubliée de la carte sont des destinations convoitées par les riches blasés de la planète, victimes des deux S : spleen et stress. Des lieux pour suer, se ressourcer, se faire peur, s’exténuer, méditer, se libérer, perdre ses toxines pour gagner son âme, s’alléger de ses dollars pour gagner la paix du cœur... Une publication spécialisée (W Magazine) oriente ses adeptes du nirvana et informe que Donna Karan, la célèbre «Fashion Maker» américaine, organise des week-ends intensifs, encadrés par un entraîneur sportif. L’objectif ? Faire suer (du sang et des dollars) ces dames dont le rêve serait d’entrer dans une taille «fillette». Les nouveaux ashrams De plus en plus nombreux, les nouveaux temples «de renaissance et redécouverte de soi» sont des endroits coupés du monde où portables, agendas téléphoniques, modems, fax et autres éléments essentiels de communication entre mortels sont bannis pendant une rigoureuse, saine et très onéreuse retraite. Dix jours de vie totalement naturelle, alimentée de légumes «bio», de fruits rouges et parsemée de longues et épuisantes escalades, suivies d’exercices intensifs obligatoires. Comme consolation: du yoga, de l’aérobic ou de la méditation, du massage, le tout clôturé par un plongeon dans de l’eau pure et glacée, afin de «resaisir» l’esprit et le corps... Il semble que les survivants amaigris et heureux jurent de ne jamais plus se mettre à table. Par crainte, sans doute, de devoir y revenir...
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Chaque époque a connu ce moment où le spleen des bien-nourris les poussait hors du cadre de leur somptueuse existence vers des lieux inspirés, susceptibles de leur assurer une renaissance salvatrice. L’Extrême-Orient, tantôt les nids d’aigles des Incas ou les ashrams indiens offraient un objectif à une quête indéfinissable inspirée par l’ennui... Notre époque ne déroge pas à la règle. Aujourd’hui aussi il y a des meutes de gens qui engloutissent une fortune pour avoir le droit de s’ennuyer dans quelque coin perdu, non contaminé par le confort matérialiste actuel. En cherchant sur la carte ou auprès des agences, on finit toujours par découvrir quelques coins, vestiges de paradis perdus. Comme ils sont de plus en plus rares, ils sont aussi très (très) cher. Souffrir et se ruiner pour trouver un sens à sa vie...