L’audiovisuel a transformé notre paysage culturel au point que l’on finit par croire que ce qui n’a pas de réalité télévisuelle n’existe pas. Et le danger est peut-être là: la télévision ne nous offre de la réalité qu’une image virtuelle. Les psychologues distinguent deux types de rapports que l’individu entretient avec le réel et qui structurent sa personnalité. Des expériences dites «de première main» comme la faim, la peur, la soif, l’amour, où l’individu est confronté directement et sans intermédiaire à la réalité. Et des expériences dites «de seconde main» où l’individu fait l’expérience du monde à travers un média quel qu’il soit (une pelle pour travailler la terre, un stylo pour écrire, une fourchette pour manger). La télévision appartient à cette seconde catégorie. Là où elle peut, en effet, devenir «dangereuse», c’est quand les individus n’appréhendent plus le réel qu’à travers les images qu’elle diffuse à longueur de journée. Cela peut engendrer de graves troubles de la personnalité, surtout chez les enfants dont les structures psychologiques sont fragiles et perméables. Des enquêtes récentes ont établi que les programmes pour la jeunesse ne représentent que 30% du temps d’écoute des enfants de 8 à 12 ans, ceux-ci regardant donc pour 70% du temps restant des programmes destinés aux adultes. Or, pour la plupart des enfants, les parents n’opèrent aucune sélection, la télévision servant le plus souvent de «baby-sitter». De plus, les parents ne peuvent pas lutter contre tout, en particulier contre le flot d’images violentes déversées. Michel Serres, membre du Conseil pour les droits des générations futures en France, fait état des éléments suivants: l un adolescent de seize ans a vu, au cours de sa brève vie, plus de dix-huit mille meurtres; l les téléspectateurs qui sont abonnés au câble peuvent assister, en zappant, à un meurtre par minute, toutes chaînes confondues; l le prix des interventions publicitaires croît avec la proximité d’un meurtre; l pour l’annonce d’un film, on choisit toujours les séquences d’un meurtre pour en assurer la publicité; l les nouvelles passent des agences aux journaux du matin, de la mi-journée ou du soir, en fonction du nombre des morts et de la présentation possible des cadavres. De quoi donner matière à réflexion à nos pédagogues locaux.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats L’audiovisuel a transformé notre paysage culturel au point que l’on finit par croire que ce qui n’a pas de réalité télévisuelle n’existe pas. Et le danger est peut-être là: la télévision ne nous offre de la réalité qu’une image virtuelle. Les psychologues distinguent deux types de rapports que l’individu entretient avec le réel et qui structurent sa personnalité. Des expériences dites «de première main» comme la faim, la peur, la soif, l’amour, où l’individu est confronté directement et sans intermédiaire à la réalité. Et des expériences dites «de seconde main» où l’individu fait l’expérience du monde à travers un média quel qu’il soit (une pelle pour travailler la terre, un stylo pour écrire, une fourchette pour manger). La télévision appartient à cette seconde catégorie. Là où...