George W. Bush est déterminé à développer un système antimissile (NMD) pour protéger l’Amérique, mais il devra composer avec des contraintes financières et techniques et avec l’opposition des alliés européens et des rivaux russe et chinois. Hésitant, le président Bill Clinton avait fini à l’automne dernier par laisser à son successeur le soin de lancer ou non le NMD. Contrairement au projet pharaonique de guerre des étoiles de Ronald Reagan, le bouclier actuellement à l’étude (pour quelque 60 milliards de dollars) est limité : il s’agirait d’intercepter au-dessus du territoire américain une poignée de missiles éventuellement tirés par des pays incontrôlables comme la Corée du Nord, l’Irak ou l’Iran. Bill Clinton, jugeant la menace «réelle et croissante», a dit ne pas avoir «assez confiance dans la fiabilité» du projet à son stade actuel : seul un des trois premiers tests d’interception a en effet réussi. Or, dès sa campagne électorale, M. Bush a promis non seulement d’aller de l’avant mais aussi, sans précisions, d’élargir le NMD à l’Europe et à Israël «pour défendre nos forces, nos alliés et notre propre pays contre la menace d’une attaque ou un déclenchement accidentel». Son nouveau secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld, réputé dur mais pragmatique, a défendu le NMD tout en se montrant flexible. «Il n’y a pas de doute que nous devons déployer un système antimissile quand ce sera technologiquement possible et efficace», a-t-il déclaré cette semaine devant le Sénat. Il semble en tout cas improbable que la première étape – la construction d’un radar en Alaska – puisse être décidée dès mars prochain si l’on veut respecter le calendrier initial d’un NMD en 2005. M. Rumsfeld table sur un système qui aurait d’emblée un effet dissuasif et pourrait s’élargir ensuite. De plus, il a annoncé des négociations pour ne pas prendre Moscou à rebrousse-poil. La Russie s’oppose fermement à un déploiement qui violerait le traité russo-américain de désarmement ABM de 1972. Mais, récemment, Moscou s’est dit prêt à discuter avec la nouvelle Administration. Les Russes craignent, comme les alliés européens de Washington et Pékin, que le système ne relance la course aux Armements. La Chine a pour sa part mis en garde M. Bush contre la tentation d’une «hégémonie» nucléaire américaine «perturbant l’équilibre mondial». Elle craint que les programmes antimissile incluent Taïwan et qu’ils annulent la capacité balistique chinoise. La secrétaire d’État américain sortante, Mme Madeleine Albright, une démocrate, s’est, elle, inquiétée des risques de déstabilisation de l’Asie du Sud, où s’opposent l’Inde et le Pakistan – nouveaux États nucléaires. En fait, les nouveaux dirigeants républicains pourraient choisir une voie moyenne en marquant leur volonté, mais en se donnant le temps de ménager les autres puissances, estime l’expert Michael O’Hanlon. Il est possible, selon ce spécialiste militaire à la Brookings Institution, que «Bush annonce sans ambiguïté qu’il déploiera bien un système antimissile à une date donnée mais qu’il sera flexible sur le reste, sur la technologie» et sur le calendrier, afin de convaincre ses alliés et renégocier le traité ABM et un désarmement supplémentaire avec Moscou. La nouvelle Administration devra aussi faire des arbitrages budgétaires au Pentagone. Les généraux américains s’inquiètent de l’éventuelle suppression de projets coûteux comme les avions F-22 et JSF. «Rumsfeld découvrira vite que le militaires ont peur du NMD, un gouffre financier», a déclaré Spurgeon Keeny, président de l’association Arms Control.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats George W. Bush est déterminé à développer un système antimissile (NMD) pour protéger l’Amérique, mais il devra composer avec des contraintes financières et techniques et avec l’opposition des alliés européens et des rivaux russe et chinois. Hésitant, le président Bill Clinton avait fini à l’automne dernier par laisser à son successeur le soin de lancer ou non le NMD. Contrairement au projet pharaonique de guerre des étoiles de Ronald Reagan, le bouclier actuellement à l’étude (pour quelque 60 milliards de dollars) est limité : il s’agirait d’intercepter au-dessus du territoire américain une poignée de missiles éventuellement tirés par des pays incontrôlables comme la Corée du Nord, l’Irak ou l’Iran. Bill Clinton, jugeant la menace «réelle et croissante», a dit ne pas avoir «assez confiance dans...