Au début des années soixante, quand Jean Bousquet fondait Cacharel, le prêt-à-porter n’existait pas. Grâce à cette marque, devenue très vite le porte-drapeau de la modernité d’alors, le tissu Liberty conquit la France et sa jeunesse, et le chemisier en crépon très vite le reste du monde. Un peu plus tard, Cacharel, avec Daniel Hechter, inventait le prêt-à-porter, atteignant des sommets de succès, créant l’image d’une mode jeune, pratique et adorable... Avec le temps, Cacharel s’assoupit doucement dans un doux ronron à peine audible. Or voilà qu’à présent un couple métissé de jeunes créateurs, Ignacio Ribeiro, du Brésil, et Suzanne Clements, Anglaise, se proposent de réformer Cacharel le vénérable. Issus tous les deux de la célèbre École St Martin’s de Londres, pépinière notoire de talents habilleurs, ils unissent leurs destinées personnelles et professionnelles peu après la guerre du Golf. Leur griffe, Clements-Ribeiro, fondée en 1993, ne tarde pas à devenir une étoile montante. La presse internationale relève «ce style hardi, haut en couleurs, dynamique, désacralisant, en vivifiant les matières précieuses»... Bientôt Cameron Diaz, Gwyneth Paltrow, Brad Pitt et d’autres personnalités «in» font voir le fameux T-shirt en cachemire griffé, œuvre du couple créateur. Les commandes des stars pleuvent et le couple, bien soudé, avance à grands pas. Côté créativité, c’est l’osmose totale de deux mondes, repensés en fonction du présent. Leur première collection (printemps-été 2001) pour Cacharel a été (déjà) présentée en octobre dernier. La presse spécialisée n’a pas manqué de relever des trouvailles ; une chemise très «western» à fleurs (!), le mélange des genres, l’irrespect amusant des styles ; une ceinture japonaise, style Obi, sur une robe à larges rayures ; ou le bermuda fleuri, taillé dans une grosse toile imprimée. Bref, la griffe culte des jeunes des années 60, grâce à ce couple inventif et téméraire, retrouvait un «punch» que l’on croyait évanoui à jamais... L’exploit est loin d’être mineur : remettre à jour une griffe mythique, ayant émerveillé leurs grands-parents et parents (dans leur enfance), à une génération «troisième millénaire» tient du miracle. Or, faire tenir soixante-dix-neuf boutiques «Cacharel» à travers le monde, entièrement rénovées, sur le frêle fil d’une promesse de renouveau tient du miracle. Un miracle que le couple brésilo-britannique a réussi... Le mérite revient à Jean-Bousquet, le grand-maître et fondateur de Cacharel, qui a repéré le talent de ce couple, leur confiant la tâche de réanimer une griffe quasi défunte. Les événements qui ont suivi démontrent que le flair du grand maître était toujours incomparable. En leur confiant pour trois ans (jusqu’à 2003) la maison Cacharel, il misait sur leur conformité avec l’esprit de la marque. Leur mission d’ailleurs ne s’arrête pas à la mode féminine, même si trois stylistes de renom ont été déjà embauchés (débauchés serait plus juste, puisque tous les trois étaient respectivement au service de Nina Ricci, Marc Jacobs et Sonia Rykiel). Il semblerait que la mission de ces trois créateurs était d’«inventer» également des sacs, chaussures et accessoires qui vont avec le prêt-à-porter, autant féminin que masculin et, éventuellement, une ligne enfant et une ligne lingerie. Conclusion ? Cacharel recherche une nouvelle «image», cohérente et percutante. Vaste programme pour ce jeune couple qui ne manque ni de talent ni d’admission. L’avenir dira si Cacharel saura renaître aussi grand que du temps de sa gloire.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Au début des années soixante, quand Jean Bousquet fondait Cacharel, le prêt-à-porter n’existait pas. Grâce à cette marque, devenue très vite le porte-drapeau de la modernité d’alors, le tissu Liberty conquit la France et sa jeunesse, et le chemisier en crépon très vite le reste du monde. Un peu plus tard, Cacharel, avec Daniel Hechter, inventait le prêt-à-porter, atteignant des sommets de succès, créant l’image d’une mode jeune, pratique et adorable... Avec le temps, Cacharel s’assoupit doucement dans un doux ronron à peine audible. Or voilà qu’à présent un couple métissé de jeunes créateurs, Ignacio Ribeiro, du Brésil, et Suzanne Clements, Anglaise, se proposent de réformer Cacharel le vénérable. Issus tous les deux de la célèbre École St Martin’s de Londres, pépinière notoire de talents...