Qui n’a pas peur de vieillir ? Même si les frontières de l’âge se sont étonnamment élargies au cours de ces trente dernières années, il arrive un moment où le cauchemar prend forme. Dans un ouvrage intitulé «Elles croyaient qu’elles ne vieilliraient jamais», deux femmes à carrière, Régine Lemoine-Darthois, PDG d’une société d’études sociopsychologiques, et Élisabeth Weissman, journaliste, débattent de cette «prise d’âge» en dressant, au nom de la lucidité, un inventaire des délabrements inévitables entraînés par les ans. Ce livre noir de la maturité a soulevé des polémiques violentes dans la presse féminine. On reproche aux auteurs un réalisme méticuleux des méfaits de la prise d’âge qui déprime par sa fatalité aussi bien les jeunes que ceux qui ne le sont plus... Or si la vieillesse est inéluctable, ses frontières ont été incontestablement bien repoussées au cours du XXe siècle. La frontière de la cinquantaine n’est plus cette issue de non-retour, qu’une fois son seuil franchi, la femme se confinait dans l’attente de la fin. Or, pour les auteurs de l’ouvrage, les choses n’ont pas beaucoup changé. La ménopause a été, peut-être, démythifiée, elle cesse d’être tabou, mais elle est toujours dans les esprits une frontière décisive, annonçant consciemment ou pas la fin de «l’époque des cerises»... Pour Régine Lemoine-Darthois, aucune autre période de l’existence n’exige de faire autant de deuils d’un coup. Et ceci n’a pas changé. À part le fait que 35 ans de sa vie, rythmés par des cycles, prennent fin, avec une kyrielle de maux à combattre, il y a les perturbations sur le plan affectif et professionnel qui demeurent indéniables. Retrouver un emploi, une fois la cinquantaine franchie, reste toujours un exploit... Sur le plan affectif, c’est le foyer qui se vide avec le départ des enfants et, souvent aussi, celui du compagnon. La vieillesse commence à dix-huit ans Florence Montreynaud, écrivain et féministe de la première heure, estime, dans un article paru dans Figaro Madame (n° 848 du 25/11/2000), que la jeunesse commence à fuir dès dix-huit ans ! Un lumbago ou un accident de ski, explique-t-elle, peut invalider quelqu’un à trente ans. Sans oublier, par ailleurs, que le vieillissement peut s’installer très tôt chez certains et très tard chez d’autres. Pour Élisabeth Weissman, c’est la société qui conditionne la femme à ne pas accepter de vieillir. Les injonctions de jeunesse, de forme, de beauté, assenées par la société qui compte sur la consommation comme élément de base, font que les femmes se sentent vite très vieilles. «Luttez contre les rides», «effacez le temps», «combattez le temps». En d’autres termes : «luttez contre vous-mêmes». Ce qui signifie que dans l’obligation de rester ce qu’on n’est plus, on combat sa propre personne... «À nous de nous dégager, répond Florence Montreynaud, il existe d’autres valeurs que la beauté qui attire les hommes. Aux femmes de les découvrir. Lecture, art, action. En se tournant vers ces pôles, vieillir n’est plus insupportable puisqu’on peut investir sur d’autres valeurs sans craindre de se ruiner»... Que déduit-on de ce long débat ? Incontestablement, que la pression sociale est énorme et le conditionnement pressant... Aux femmes de savoir prendre le tournant sans s’abolir. Comme soutient la journaliste Élisabeth Weissman : «Apprendre à transformer le deuil en construisant autre chose. Changer d’attitude. Apprendre à s’aimer elles-mêmes plutôt que chercher chez les autres la réassurance habituelle»...
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Qui n’a pas peur de vieillir ? Même si les frontières de l’âge se sont étonnamment élargies au cours de ces trente dernières années, il arrive un moment où le cauchemar prend forme. Dans un ouvrage intitulé «Elles croyaient qu’elles ne vieilliraient jamais», deux femmes à carrière, Régine Lemoine-Darthois, PDG d’une société d’études sociopsychologiques, et Élisabeth Weissman, journaliste, débattent de cette «prise d’âge» en dressant, au nom de la lucidité, un inventaire des délabrements inévitables entraînés par les ans. Ce livre noir de la maturité a soulevé des polémiques violentes dans la presse féminine. On reproche aux auteurs un réalisme méticuleux des méfaits de la prise d’âge qui déprime par sa fatalité aussi bien les jeunes que ceux qui ne le sont plus... Or si la vieillesse est...