L’Église au Liban fera aujourd’hui ses derniers adieux à l’une de ses figures les plus attachantes, le P. Antoine Gemayel, visage avenant et cœur battant du Centre catholique d’information depuis 1986. Ami de tous, conciliant et intransigeant à la fois, homme de toutes les causes justes, le P. Gemayel était aussi un homme d’une profonde modestie qui avait l’art de savoir faire passer les autres avant lui-même, et le Liban avant tout. Une crise cardiaque foudroyante l’a emporté hier matin, après une nuit de lutte, de prière et de douleur. Né le 15 janvier 1936, quatrième garçon et huitième enfant d’une famille pieuse de Aïn el-Kharroubé (Metn), Antoine Gemayel assuma une vocation sacerdotale que ses parents souhaitaient avec ardeur voir apparaître parmi l’un de leurs enfants. Sa vie porte les marques de cette noble origine qu’est le village libanais : simplicité, droiture, courage. Après une instruction primaire, mais combien essentielle, à l’école du village, Antoine Gemayel achève ses études complémentaires à l’école de Aïn Waraka (Ghosta), puis à l’école de Mar Abda Herheraya. Il rejoindra enfin le séminaire de Ghazir, tenu à cette époque par les pères jésuites, avant de parachever les études préparatoires au sacerdoce à l’Université Saint-Joseph, où il étudie la philosophie, puis la théologie. Il parfait sa formation par des doctorats en psychologie et en pédagogie à l’Université de Dayton (Ohio). C’est dans l’univers scolaire que le P. Antoine Gemayel, ordonné prêtre le 25 mai 1962, entame sa carrière de prêtre et de pédagogue. Il est d’abord directeur de la section des pensionnaires à l’école Saint-Joseph, à Kornet Chehouan, avant de fonder l’école secondaire Saint-Georges à Zalka, en 1969, dont il sera le directeur jusqu’à 1984, année où il est nommé directeur des écoles gratuites de l’évêché maronite d’Antélias, fonction qu’il quittera deux ans plus tard pour prendre la direction du Centre catholique d’information, qui popularisera son visage. Philanthrope discret, le P. Antoine Gemayel aura aidé, sa vie durant, quelque 400 élèves à poursuivre leurs études en Europe et aux États-Unis, en partie grâce à la confiance absolue que son intégrité morale savait inspirer à certains grands donateurs. Il saura toujours se faire l’appui discret de ceux qui savent apprécier un service rendu ou un effort exceptionnel. Sa discrétion, sa générosité de cœur et son savoir-faire feront de lui un directeur exceptionnellement doué d’un Centre catholique d’information dont le rayonnement, malgré des limites dues à des moyens insuffisants, lui doit beaucoup. Dès sa création, il parvient à établir entre ce centre et d’autres réseaux d’informations, en particulier l’Union internationale catholique de la presse (Ucip), des liens étroits qui propulseront le Liban et sa cause dans des sphères que l’Église du Liban n’aurait jamais pu atteindre autrement. Il persuade même l’Ucip à tenir au Liban deux de ses congrès, donnant ainsi l’occasion à des dizaines de journalistes catholiques venus des quatre coins du monde de faire l’expérience tout à la fois de la douceur de vivre libanaise et des dangers mortels que court la formule de coexistence. C’est encore au P. Gemayel et à l’équipe dévouée qui l’entoure, au Centre catholique d’information, que l’on doit la publication de tous les encycliques, lettres et messages de Jean-Paul II, et en particulier des innombrables et ardents messages sur le Liban du Saint-Père, au cours des interminables années de guerre. Un effort de documentation exceptionnel sera fourni par le centre, lors de la visite historique du pape au Liban. Médiateur hors pair, le P. Antoine Gemayel s’adaptera sans peine à la révolution informatique et franchira avec aisance les frontières entre l’écrit et l’audiovisuel. Il conduira en particulier quelque 115 émissions pour Télé-Lumière, sans compter les innombrables conférences qu’il donnera au Liban comme en Europe, en Australie et aux États-Unis. Il saura également concilier ses convictions catholiques et son ouverture œcuménique, et nouera les liens les plus fraternels avec la Société biblique et au sein du Conseil des Églises du Moyen-Orient. Auteur de séries pédagogiques et scolaires, il traduira, au prix d’une discipline acharnée et quotidienne de travail, le monumental Journal de Sœur Faustine, l’un des grands apôtres du Sacré-Cœur au XXe siècle. Il écrira même, en anglais, une nouvelle mi-fiction, mi-témoignage, sur la guerre du Liban, qu’il intitulera Wolves come down on the fold. C’est que, diplomate dans l’âme, comme on ne peut pas ne pas l’être quand on est directeur du Centre catholique d’information, le P. Gemayel ne transigeait pas quand il s’agissait de trancher. La vérité était pour lui sans compromission. C’est de l’autre versant de la vie que, à n’en pas douter, il continuera à défendre l’Église et un Liban qui lui avait ensanglanté le cœur.
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