Tous les ingrédients sont réunis pour faire de la 68e édition du championnat de France de football de première division, qui débute vendredi soir, le championnat du siècle, celui de tous les records. Record de spectateurs et d’abonnements, record de transferts, record des droits de télévision, retour dans l’Hexagone de plusieurs joueurs français, souvent exilés sans grand succès, mais aussi de joueurs étrangers de retour en France (comme le Brésilien Sonny Anderson) : la D1 est déjà en plein boum. Depuis sa victoire en Coupe du monde, le football français a franchi un incontestable palier au niveau international avec des répercussions très sensibles au niveau des clubs de son élite. Les grosses écuries du championnat, conscientes de la nécessité d’étoffer leur effectif en raison d’un calendrier surchargé, ont également consenti un considérable effort financier grâce à l’apport de nouveaux partenaires, alléchés par les retombées publicitaires du sport le plus populaire de la planète. Possible revers de la médaille, on risque en revanche d’assister à un championnat à deux vitesses, sept équipes (Bordeaux, Marseille, Lyon, Monaco, Paris, Rennes et Lens) jouant le titre, les onze autres ayant des ambitions plus limitées, à la hauteur de leur budget. Lyon en épouvantail Ainsi, les nouveaux promus, Troyes et Sedan, qui retrouvent l’élite après un quart de siècle, devront se débrouiller avec des budgets de l’ordre de 65 MF, soit moins du quart de Lyon, Paris ou Marseille. Saint-Étienne, qui retrouve lui aussi la D1 après une longue période au purgatoire, comptera, quant à lui, sur un budget de l’ordre de 160 MF, mais surtout sur une cohorte de supporters qui ont beaucoup manqué au football français. Son grand rival, Lyon, qualifié en Ligue des champions, dopé par l’arrivée de Pathé, a fait exploser le marché des transferts en s’offrant Anderson pour 120 MF (nouveau record absolu) et en dépensant au total près de 240 MF (Vairelles, Laigle, S. Blanc). Les «Gones» ayant également réussi à conserver la quasi-totalité de leurs vedettes de la saison dernière (Caveglia, Malbranque, Dhorasoo), ils font figure d’épouvantails. Mais, attention aux valeurs sûres. Les champions sortants, les Girondins de Bordeaux, ont en effet joué la carte de la continuité, indispensable au football bien léché prôné par Élie Baup, en réussissant pour une fois à conserver la majorité de leurs vedettes... mais en doublant leur masse salariale. Seuls renforts de choix, les «Espagnols» Ziani et Bonnissel (pour 120 MF) sont venus se fondre dans le collectif pour faire oublier le départ de Benarbia. Et que dire de Marseille, qui a échoué d’un souffle la saison dernière. Bien sûr, les Olympiens ont laissé partir leur charnière centrale Blanc-Domoraud à l’Inter de Milan. Mais, comme tous les ans, ils ont été très présents sur le marché. La preuve en est donnée par Stéphane Dalmat, nouveau record franco-français des transferts avec 70 MF. L’OM sans Blanc Mais c’est surtout le prêt de l’Espagnol Ivan de la Pena (Lazio Rome) qui a rassuré des supporters ayant mal vécu le départ de Laurent Blanc. Le recrutement de cette saison est sans doute moins spectaculaire mais sûrement plus complémentaire que les autres années, permettant une nouvelle fois au vieil OM – doté d’un maillot bleu – de viser le titre, du moins si son nouveau président délégué Yves Marchand parvient à le préserver des retombées extra-sportives qui agitent régulièrement le club phocéen. Et puis il ne faudrait surtout pas oublier Monaco qui a su garder ses champions du monde David Trezeguet et surtout Fabien Barthez et a fait venir l’Italien Marco Simone, avide de réhabilitation, et le petit meneur de jeu argentin Marcelo Gallardo. Enfin, sur le même plan et après une année catastrophe (9e après avoir frôlé la D2), le Paris SG a retrouvé le calme conservant même, pour une fois, son entraîneur, Philippe Bergeroo. Le maintien du budget (300 MF), l’arrivée d’un patron, Ali Benarbia, et de deux renforts brésiliens de qualité (Cesar et Christian), devraient permettre de relancer le club de la capitale, qui aura l’avantage d’un calendrier moins astreignant en raison de son absence des Coupes d’Europe. Rennes, qui devra confirmer son excellente saison de l’an dernier, et Lens (même s’il a perdu Vairelles, Dehu, Smicer et Dalmat!) resteront sans doute placés en embuscade dans un championnat qui sera également conditionné par les prestations et les fatigues accumulées dans les Coupes européennes. Depuis 1992, date de la dernière victoire officielle de Marseille, six champions différents ont été sacrés. Les Girondins de Bordeaux devront batailler ferme pour inverser cette tendance.
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