Plus riche, plus fort, le championnat de France de football de première division entame ce week-end sa 68e saison sous le signe de l’inflation. L’arrivée de M6 à Bordeaux, le tenant du titre, celle de Pathé dans le capital de Lyon, les transferts records réalisés à l’intersaison, l’engouement du public sont autant de signes que le ballon rond hexagonal poursuit sa mue à vitesse accélérée. Longtemps de calibre «provincial» sur le Vieux Continent, le championnat français s’est définitivement libéré de ses complexes avec la victoire des Bleus en Coupe du monde et se place toujours davantage au niveau de ses voisins, même s’il n’atteint pas encore les sommets extravagants du Calcio ou de la Premier League anglaise. Il n’a de toute façon pas le choix, au regard des exigences toujours plus grandes du calendrier et des télévisions (Ligue des champions élargie, Coupe du monde des clubs en janvier, agenda international avec l’Euro 2000) : pour survivre, un club ambitieux doit se constituer quasiment deux équipes. Dans cette optique, Bordeaux, Marseille, Lyon, Monaco, et à un moindre degré Paris, Rennes et Lens se sont armés pour jouer de front sur plusieurs tableaux. L’Olympique lyonnais, troisième l’an dernier et de ce fait qualifié pour le tour préliminaire de la Ligue des champions, a réalisé le plus gros transfert de l’histoire du football français en recrutant l’attaquant brésilien de Barcelone Sonny Anderson pour près de 120 millions de francs. Au total, avec les venues du Lensois Tony Vairelles ou de l’ex-international Pierre Laigle, le club rhodanien a dépensé 250 millions. Marseille, vice-champion, a vendu son emblématique capitaine Laurent Blanc mais effectué parallèlement le transfert franco-français le plus cher en achetant à Lens Stéphane Dalmat pour 70 millions. Difficile pour les promus Monaco, quatrième et qualifié pour la Coupe de l’UEFA, a recruté un duo de choc avec l’attaquant italien Marco Simone et le milieu argentin Marcelo Gallardo, Bordeaux s’est renforcé avec le duo du Deportivo La Corogne Stéphane Ziani/Jérôme Bonissel. Ces quatre-là ne cachent pas qu’ils visent le titre. Mais Rennes, Lens et Paris s’annoncent comme des outsiders redoutables. Les onze autres clubs affichent des ambitions bien plus modestes et certains d’évoquer un football à deux vitesses. D’un point de vue financier, c’est incontestable. D’un point de vue sportif, les deux dernières saisons ont prouvé que l’argent ne suffisait pas pour faire le bonheur. Lens en 1998, Bordeaux en 1999, vagues outsiders en début de saison, avaient démontré avant tout la force d’un collectif et d’un style de jeu dans la conquête de leur titre. Aucune véritable star n’entrait dans l’effectif. A contrario, le PSG sort de la saison la plus noire de son histoire après avoir pourtant réalisé le transfert le plus cher (Jay-Jay Okocha pour 100 millions de francs) et Monaco s’était englué dans la gestion de ses stars championnes du monde (David Trezeguet, Thierry Henry). Cette année, Montpellier, qui a recruté Reynald Pedros et Patrice Loko, Auxerre, où Stéphane Guivarc’h est de retour, voire Strasbourg, Nantes, Bastia, ou Metz sont capables de tirer leur épingle du jeu. Les trois promus, Sedan, Troyes et Saint-Étienne, sont propulsés dans le grand bain avec des objectifs modestes et réalistes, les mêmes que ceux de Nancy ou Le Havre, leur budget n’étant pas à la hauteur des clubs déjà bien installés. Ils chercheront d’abord à s’enraciner dans l’élite ce qui, au vu des dernières années, n’est pas évident. Châteauroux en 1998, Sochaux et Lorient en 1999 n’ont tenu qu’un an, Toulouse n’a tenu que deux ans. Le spectacle, à n’en pas douter, sera de toute façon au rendez-vous même s’il est peu probable que le suspense atteigne l’intensité des deux dernières saisons, où le titre s’était joué dans les ultimes instants de l’ultime journée. Le public, en tout cas, répond en masse à la nouvelle donne. La moyenne record de 19 807 spectateurs par match enregistrée l’an dernier risque encore d’être battue, avec notamment le retour dans l’élite de Saint-Étienne et de sa cohorte de fidèles. Le PSG en passe de retrouver ses marques Après une saison catastrophique riche en scandales et en crises à répétition, le calme est désormais revenu au Paris Saint-Germain. Philippe Bergeroo, reconduit dans ses fonctions d’entraîneur après avoir réussi à sauver le club de la relégation, peut même se permettre de jouer les modestes en affirmant viser «une sixième place». En fait, grâce à un recrutement judicieux et très complémentaire, avec l’arrivée d’un meneur d’hommes comme Ali Benarbia, la reconduction d’un budget supérieur à 300 MF et l’absence de contraintes européennes lui permettant de soulager son calendrier, le PSG sera un sérieux candidat au titre et, dans le pire des cas, à une place européenne. Dans leurs nouvelles installations, correspondant mieux au profil du club, les Parisiens travaillent dans le calme, sans aucune vague sous la direction d’un Bergeroo accepté par tous alors que Benarbia, immédiatement promu capitaine, confirme ses qualités de patron. «Notre groupe est plus équilibré dans toutes les lignes. Déjà, nous sommes en passe d’insuffler un esprit d’équipe qui nous a fait cruellement défaut la saison dernière», souligne Bergeroo. Simone, Worns, Goma et Adailton partis sous d’autres cieux, Laurent Robert, Godwin Okpara, Ali Benarbia et les retours de prêts Nicolas Laspalles, Édouard Cisse, Laurent Leroy, se sont rapidement fondus dans le groupe. Le Nigérian Jay-Jay Okocha, déboussolé par son transfert record (100 MF) et inexistant toute la saison, a même retrouvé la joie de jouer avec la venue de son compatriote Okpara. Il devrait décrocher une place de titulaire dans un milieu de terrain très performant avec Benarbia, Ducroq et L. Robert. Deux dernières recrues Le PSG attend encore ses deux dernières recrues, les Brésiliens Cesar Augusto Belli Michillon (plus connu sous le nom de Cesar), le défenseur de 23 ans de Sao Paulo, et Christian Correa Dionisio, alias Christian, l’attaquant de 24 ans de Porto Alegre, dont la venue devrait être confirmée avant la fin de la semaine. Les deux hommes disputent actuellement la Coupe des confédérations au Mexique et ils ne seront pas opérationnels avant la mi-août.
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