La Russie va réclamer cette semaine lors du sommet des Balkans une aide financière occidentale pour la Yougoslavie et se fera l’avocat officieux du régime de Slobodan Milosevic que l’Occident voudrait voir isolé, selon les experts. La conférence va mettre en évidence le double jeu de la Russie, préviennent les analystes, qui soulignent le contraste entre les attaques russes contre la politique occidentale dans la région, et le désir de Moscou de bénéficier de contrats de reconstruction lucratifs. «La politique étrangère russe est schizophrène», estime Andreï Piontkovski, le directeur du Centre d’études stratégiques de Moscou. «Il lui faut deux Occidents : un qui puisse être dénoncé et blâmé pour toutes nos insuffisances, l’autre pour lui demander des crédits, de l’aide humanitaire, et pour signer des contrats de reconstruction en Yougoslavie», ajoute-t-il. Il a été impossible à Moscou de faire préciser par des responsables gouvernementaux la ligne politique suivie par la Russie sur la question à la veille de cette conférence, un fonctionnaire confiant même qu’il «aimerait savoir lui-même» quelles sont les positions défendues par son pays. Le double jeu de la diplomatie russe s’est encore illustré ce week-end. Le Premier ministre Sergueï Stépachine, qui entamait dimanche sa première visite aux États-Unis en cette qualité, a déclaré que les relations russo-américaines étaient «stables et ne pouvaient être remises en question, même par la guerre en Yougoslavie». Son ministre des Affaires étrangères Igor Ivanov a cependant accusé l’Otan, à la suite de l’annonce du massacre de 14 Serbes au Kosovo, de «flirter avec les extrémistes et les séparatistes albanais», une politique selon lui «lourde des conséquences les plus graves». Protéger Milosevic Bien que la Russie et les Occidentaux aient multiplié, depuis, les efforts pour reprendre leur coopération, des divergences profondes subsistent quant à la reconstruction de la Yougoslavie et à l’avenir des Balkans en général. Selon M. Piontkovski, Moscou va s’efforcer à Sarajevo de défendre les intérêts de Belgrade, «en refusant l’idée qu’il ne puisse y avoir d’aide substantielle pour reconstruire la Serbie tant que Slobodan Milosevic est au pouvoir», soit la ligne défendue par Londres et Washington. «La ligne russe sera de protéger Milosevic autant que possible, même si celui-ci devait se trouver dans une situation désespérée», ajoute-t-il. Moscou continuera notamment de défendre le maintien du Kosovo au sein du territoire de la Serbie, et de réclamer le désarmement des combattants albanais au Kosovo. La Russie, elle-même en mal de capitaux depuis la crise financière d’août 1998, n’aura pas grand-chose à proposer pour le financement de la reconstruction de la Yougoslavie. Mais Moscou espère voir accorder à des entreprises russes une part substantielle des contrats – financés par les contribuables américains et européens – pour la reconstruction des infrastructures de la Serbie, notamment les installations pétrolières et les ponts. Selon les analystes, les Occidentaux auront tendance à accéder aux demandes de Moscou afin de ne pas remettre en cause le bon fonctionnement de la force de paix au Kosovo, et de ne pas encourager les sentiments anti-occidentaux en Russie à la veille des élections législatives de décembre et de la présidentielle prévue pour juin 2000.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats La Russie va réclamer cette semaine lors du sommet des Balkans une aide financière occidentale pour la Yougoslavie et se fera l’avocat officieux du régime de Slobodan Milosevic que l’Occident voudrait voir isolé, selon les experts. La conférence va mettre en évidence le double jeu de la Russie, préviennent les analystes, qui soulignent le contraste entre les attaques russes contre la politique occidentale dans la région, et le désir de Moscou de bénéficier de contrats de reconstruction lucratifs. «La politique étrangère russe est schizophrène», estime Andreï Piontkovski, le directeur du Centre d’études stratégiques de Moscou. «Il lui faut deux Occidents : un qui puisse être dénoncé et blâmé pour toutes nos insuffisances, l’autre pour lui demander des crédits, de l’aide humanitaire, et pour signer des...