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Actualités - Chronologie

L'ère Khatami a changé les règles du jeu

Il n’y a pas si longtemps encore en Iran, interdire un journal trublion, brandir les matraques contre les étudiants factieux et traiter les agitateurs de «contre-révolutionnaires» aurait suffi à faire taire tout mécontentement. Mais dans l’Iran du président réformiste Mohammad Khatami, la stratégie de la trique semble vouée à l’échec, comme on le voit depuis la semaine dernière: l’Iran traverse sa pire crise politique depuis l’élection de Khatami en mai 1997 et la situation risque d’échapper au contrôle des autorités. Des milliers d’étudiants réformistes et leurs partisans sont descendus hier dans la rue à Téhéran, pour la cinquième journée consécutive. À l’origine, les violences ont été déclenchées par l’intervention de la police contre un rassemblement pacifique d’étudiants favorables à la démocratisation, à la résidence universitaire de Téhéran. Plusieurs dizaines de personnes ont été blessées et, selon les étudiants, cinq des leurs tués par les violences policières. Cette intervention a provoqué une vague d’indignation sans précédent parmi la population contre la police, et, dans la foulée, une vague de sympathie en faveur des étudiants. Tout le monde, hormis les plus conservateurs d’entre les conservateurs, ont déploré l’assaut donné par la police et réclamé des poursuites contre les responsables des violences. Conséquence de ces débordements policiers, le président Khatami et ses alliés semblent en passe de prendre le contrôle des forces de sécurité, consolidant leur influence aux dépens des dignitaires religieux conservateurs, qui tiennent encore nombre des leviers de l’État. «Les règles du jeu ont changé», estime un politologue indépendant. «Bien sûr, les conservateurs ne l’ont pas encore compris». Les racines de la crise remontent aux suites du raz-de-marée électoral en faveur de Mohammad Khatami à la présidentielle du 23 mai 1997 face à un candidat conservateur intransigeant. L’impatience des électeurs de Khatami Depuis, les conservateurs se sont regroupés autour du clergé traditionaliste et de la classe aisée du bazar de Téhéran pour tenter de garder la main haute sur les affaires du pays. Les conservateurs ont lancé diverses attaques contre les «modérés», échouant toutefois le plus souvent dans leurs tentatives pour déboulonner des ministres ou des dignitaires religieux modérés, et n’hésitant pas à faire assassiner certains esprits réformateurs. «La frange de la classe politique qui a subi un revers le 23 mai 1997 a pensé qu’elle pouvait conserver ses positions en recourant à la violence», a déclaré Abdollah Nouri, dirigeant réformiste du conseil municipal de Téhéran et ancien ministre de l’Intérieur, lors d’un rassemblement d’étudiants en colère. «Lentement, nous sommes arrivés au point où ils définissent la liberté comme la liberté d’user de la violence, et ils nous traitent de “libéraux”, de “laïques” et d’“hédonistes”», a ajouté Abdollah Nouri. «Ils ont restreint les libertés légitimes du peuple, tandis que les factions violentes sont entièrement libres de faire ce qu’elles veulent». À bien des égards, le raz-de-marée qui a porté au pouvoir Khatami et son programme signifiait que la population n’en pouvait plus du climat de peur qui domine la société iranienne depuis longtemps. Deux ans ont passé, et les électeurs du président réformiste sont de plus en plus impatients de voir leurs suffrages se traduire en réformes et estiment que peu de choses ont été faites pour les défendre. L’échec de Khatami à renverser totalement la vapeur est apparu au grand jour à l’automne dernier avec une série d’assassinats de dissidents laïques, commis par des extrémistes au sein du ministère des Renseignements, et avec une offensive concertée contre la liberté d’expression et la presse pro-Khatami. Mais si le président iranien, habile tacticien politique, a quelque peu trébuché durant les derniers événements étudiants, ses adversaires conservateurs ne sont pas loin du suicide politique. C’est eux qui ont fait adopter la semaine dernière au Parlement une loi imposant à la presse de nouvelles restrictions et qui ont ensuite fait fermer le journal réformiste Salam, étincelle qui a déclenché l’agitation étudiante en cours.
Il n’y a pas si longtemps encore en Iran, interdire un journal trublion, brandir les matraques contre les étudiants factieux et traiter les agitateurs de «contre-révolutionnaires» aurait suffi à faire taire tout mécontentement. Mais dans l’Iran du président réformiste Mohammad Khatami, la stratégie de la trique semble vouée à l’échec, comme on le voit depuis la semaine dernière: l’Iran traverse sa pire crise politique depuis l’élection de Khatami en mai 1997 et la situation risque d’échapper au contrôle des autorités. Des milliers d’étudiants réformistes et leurs partisans sont descendus hier dans la rue à Téhéran, pour la cinquième journée consécutive. À l’origine, les violences ont été déclenchées par l’intervention de la police contre un rassemblement pacifique d’étudiants favorables...