Sujet tabou pendant très longtemps, la sexualité de nos jours est non seulement un thème d’études mais aussi un moyen de commercialisation, voire un phénomène de société autrement abordé que dans les temps passés. Il est aussi sujet d’études. Le 20e siècle a beaucoup démystifié «les divines ivresses» et jeté une lumière neuve et crue sur certains de leurs aspects. Si le couple se rencontre toujours de la même manière que nos premiers ancêtres sous le pommier fatal, on sait bien plus de choses sur les mécanismes, l’évolution et les avatars de l’instinct qui alimente la perpétuité de l’espèce. Mais cette connaissance entraîne de nouvelles expériences et des révolutions autant morales que sociales. Il en est ainsi de la sexualité du troisième âge. Il y a une vingtaine d’années, la vie polissonne se terminait vers la cinquantaine. Des exceptions certes existaient mais leurs mésaventures alimentaient les rires et les conversations à la fin des dîners en ville et une fois les petits-enfants venus au monde, personne ne pensait revendiquer le droit à la libido parmi les aïeuls... Mais voilà que dès 1974, l’Organisation mondiale de la santé reconnaissait la sexualité comme une composante importante et le concept «d’aspiration légitime, quels que soient l’âge et le sexe», entre dans les mœurs de l’époque. Même si la sexualité et la sensualité dans notre culture ne se conçoivent qu’entre jeunes, beaux et bien portants, nous sommes obligatoirement confrontés à des réalités nouvelles. Si les pulsions déclinent avec l’âge, elles ne disparaissent pas. Rides, calvitie et cheveux blancs ne tuent ni l’amour, ni la passion, ni le désir, nous enseigne la nouvelle approche de la question. Difficilement et en traînant les pas, nous admettons qu’il ne s’agit pas d’un luxe mais d’un droit au bien-être individuel, ni plus grotesque ni plus saugrenue qu’un autre. L’allongement de la durée de vie, la banalisation des notions psychosexuelles, l’admission du droit au plaisir et non pas uniquement à la procréation; mais aussi les traitements de la ménopause, de l’impuissance, de la frigidité, ont contribué à une réforme radicale de la conception même de la sexualité qui devient ainsi partie intégrante de la santé. Un nouveau terrain d’exploration Des études récentes se sont orientées vers les spécificités de la sexualité à partir de cinquante ans, un domaine quasi inexploré auparavant. Un rapport établi en France en 1970 et une vaste enquête conduite en 1992 visant à une meilleure connaissance des comportements et de la répercussion de la libéralisation des mœurs sur les aînés offrent des indications valables même pour toute société. Conformément à ces deux études, l’idée de la fin de la vie sexuelle, traditionnellement associée à l’âge avancé, s’éloigne. Maintenir une activité amoureuse après cinquante ans est un comportement de moins en moins exceptionnel même si la cadence est plus espacée que chez les cadets. Les problèmes fonctionnels ne manquent pas mais les médecins précisent que quels que soient le sexe et l’âge, les dysfonctions sexuels existent et influent de la même manière sur les comportements. Les andrologues soulignent que le virage de la cinquantaine constitue un passage difficile à franchir à cause des transformations physiques imposées par les ans. La crise d’identité inhérente à l’entrée dans la tranche des aînés n’est pas sans répercussions psychologiques inévitables. Chez la femme, la ménopause entraîne des modifications plus marquées et des changements physiologiques majeurs. Mais depuis quelques années, le traitement hormonal substitutif contribue à l’amélioration de toutes ces manifestations rédhibitoires. Chez l’homme, le phénomène de l’andropause n’est pas systématique et ses conséquences sont variables d’une personne à l’autre. Il ne faut pas toutefois mésestimer les troubles qui retentissent souvent sur le bien-être et l’harmonie du couple. Mais ici aussi la science n’est pas désarmée. Ce que tous les spécialistes ayant pris part à ces travaux déplorent c’est que contrairement aux femmes, les hommes évitent de consulter lorsqu’ils sont confrontés à des difficultés sexuelles de ce genre, seulement 10% d’entre eux franchissent le pas. Or, d’après les andrologues, les problèmes sexuels liés à l’âge ne sont pas irréversibles et ils n’ont rien de honteux. Chercher un épanouissement personnel pour bien traverser la dernière tranche de la vie est une demande saine et parfaitement légitime. Un homme a cinquante ans peut espérer vivre en moyenne encore 25 ans. Une femme 31 ans. Si à cet âge on se retrouve seul, il est normal qu’on recherche à refaire sa vie. Un psychiatre sexologue italien, ayant participé aux travaux en question, résume parfaitement les résultats: «Se retrouver à deux est un bon antidépresseur, car l’état amoureux donne une incroyable énergie. Il permet d’aller de l’avant, d’avoir des projets, de regarder devant soi et non plus en arrière... goûter mieux à la vie, au lieu d’attendre la mort».
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