«Ils nous ont frappés comme des fous» : les étudiants de la cité universitaire du quartier d’Amirabad, à Téhéran, sont encore traumatisés par les brutalités policières de ces deux derniers jours. «En pleine nuit, les policiers fracassaient les portes des chambres de ceux qui dormaient pour y jeter des grenades lacrymogènes», a raconté un étudiant en physique, sous couvert de l’anonymat. Certaines chambres sont totalement calcinées, offrant le spectacle de matelas carbonisés et de sommiers noircis. Les téléviseurs des salles communes sont brisés, les armoires renversées, peu de chambres ont encore des vitres intactes. Malgré le retour au calme, une odeur âcre de gaz lacrymogène flottait encore hier dans les bâtiments, et de nombreux étudiants préféraient dormir enroulés dans des couvertures sur les pelouses. Tous s’accordent à dire qu’il y a eu de nombreux blessés et des personnes arrêtées parmi les étudiants, mais les bilans des personnes interrogées restent très flous. On parle également de morts avec des chiffres divers – trois à cinq selon certains, aucun selon d’autres – sans toutefois donner de nom. La rumeur court, difficile à vérifier, d’un étudiant défenestré du 3e étage, ou d’un autre poignardé. L’agence officielle Irna a mentionné la possibilité de blessés parmi les manifestants et la police, mais sans donner leur nombre. Sur le mur d’un couloir, on trouve des traces de sang, provoquées par les violences policières, selon les étudiants. Tous les témoignages sont en revanche concordants pour raconter l’extrême brutalité de la police, pourtant censée mettre fin à des incidents entre étudiants manifestant pour la liberté de la presse et des individus en civil, présentés comme des activistes intégristes. Un campus bidonville Le pavillon réservé aux étudiants étrangers n’a pas été épargné. «Nous avons eu beau dire aux policiers que nous étions étrangers et n’avions rien à voir avec cette histoire, ils sont entrés et ont tout cassé», raconte un étudiant africain. Devant les bâtiments, on trouve encore des carcasses calcinées de motocyclettes et des poubelles éventrées. Le ministère de l’Enseignement supérieur a dénoncé la violence de la police. Celui de l’Intérieur a affirmé que les attaques contre les étudiants s’étaient faites sans son autorisation, laissant entendre qu’elles avaient été menées par des éléments durs, hors de son contrôle. Le campus universitaire d’Amirabad, situé dans un quartier au nord-ouest de la capitale iranienne, est composé de plusieurs immeubles de brique rouge répartis sur plusieurs hectares, dans lesquels logent plusieurs milliers d’étudiants. Le confort est sommaire : des douches communes, plusieurs personnes par chambre, des matelas souvent à même le sol, très peu de mobilier. Les étudiants font souvent la cuisine dans leur chambre, souvent un simple plat de haricots bouillis avec du pain et du thé. Sur les murs des chambres dévastées, ils affichent leurs espoirs de jeunes iraniens : des portraits du président réformateur Mohammad Khatami, des images de la dernière Coupe du monde de football, où l’Iran s’est distingué en battant les États-Unis. Dans une chambre, on trouve un portrait de Mohammad Pouyandeh, un écrivain libéral victime d’un assassinat politique l’an dernier à Téhéran.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats «Ils nous ont frappés comme des fous» : les étudiants de la cité universitaire du quartier d’Amirabad, à Téhéran, sont encore traumatisés par les brutalités policières de ces deux derniers jours. «En pleine nuit, les policiers fracassaient les portes des chambres de ceux qui dormaient pour y jeter des grenades lacrymogènes», a raconté un étudiant en physique, sous couvert de l’anonymat. Certaines chambres sont totalement calcinées, offrant le spectacle de matelas carbonisés et de sommiers noircis. Les téléviseurs des salles communes sont brisés, les armoires renversées, peu de chambres ont encore des vitres intactes. Malgré le retour au calme, une odeur âcre de gaz lacrymogène flottait encore hier dans les bâtiments, et de nombreux étudiants préféraient dormir enroulés dans des couvertures sur les...