La commune de Saint-Émilion, un village médiéval près de Bordeaux (sud-ouest de la France) mondialement connu pour la qualité de ses vins, issus d’un terroir complexe et unique, a fêté cette semaine son 800e anniversaire en présence du président français Jacques Chirac. Le 8 juillet 1199, le roi d’Angleterre Jean Sans Terre signait une charte autorisant la création de la commune de Saint-Émilion et celle de la Jurade, la confrérie qui, aujourd’hui encore, veille au respect des règles assurant la bonne qualité des vins. Saint-Émilion était alors une importante place forte de 10 000 habitants, célèbre pour son extraordinaire église creusée dans le roc et le souvenir du poète Ausone qui, déjà sous la domination romaine, récoltait du vin, avant de donner son nom à l’une des plus grandes étiquettes de l’appellation. La ville est aujourd’hui un village (environ 3 000 habitants), dont les cloîtres, églises romanes ou gothiques, catacombes, fortifications et rues étroites retiennent l’amateur de vieilles pierres, s’il était encore besoin d’attirer un peu plus l’étranger dans cette capitale incontestée du vin. Saint-Émilion est, en effet, le nom qui vient le plus vite à l’esprit lorsqu’on évoque le bordeaux, avant les autres grandes régions de production — Médoc, Graves, Entre-deux-Mers ou Sauternes —, alors que ce terroir ne représente que 5 % de la production de vins rouges d’appellation d’origine contrôlée du Bordelais. Beauséjour, Canon, Figeac, La Gaffelière, Pavie : les célébrités sont nombreuses sur la petite commune et tentent régulièrement les plus grosses fortunes. Ainsi, en octobre dernier, Bernard Arnault, le patron du groupe de luxe français LVMH, et le financier belge Albert Frère achetaient à parts égales Château Cheval Blanc, qui ne partage qu’avec Ausone le titre de «Premier grand cru classé A». À cette excellente réputation, Saint-Émilion et ses dégustateurs donnent plusieurs raisons : le vin est corsé, souvent d’une belle couleur pourpre, et sa chaleur et sa générosité se marient excellemment aux viandes rouges et au gibier. De plus, son vieillissement est presque toujours un bonheur. Quant aux géologues, ils font valoir la complexité du lieu, à savoir une ligne de coteaux parallèles à la Dordogne avec une très grande diversité de sols. Un terroir tourmenté apte à faire travailler les cultures, tant il est vrai que «la vigne doit souffrir» pour donner une bonne récolte.
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