Le Premier ministre israélien Ehud Barak s’est engagé en termes vagues à faire la paix et d’œuvrer à cette fin avec les mêmes capacités de patience et de ruses, qu’il a déployées en tant qu’homme de guerre. Il se réclame de l’héritage spirituel du défunt Premier ministre Yitzhak Rabin, autre chef de guerre prestigieux transformé en pacifiste, qui a parrainé ses premiers pas en politique avant son assassinat en 1995 par un extrémiste juif. Le style personnel, voire autoritaire, de cet ex-chef d’état-major âgé de 57 ans a pourtant suscité les inquiétudes parmi ses camarades du Parti travailliste, dont certains rappellent son surnom : le petit Napoléon. Stratège brillant et calculateur froid, il a depuis le renversement en décembre du Premier ministre de droite Benjamin Netanyahu effectué un parcours sans faute à l’occasion d’une campagne électorale menée tambours battants pendant cinq mois. En six semaines de tractations politiques, il a largement démontré ses compétences de négociateur en jouant des exigences contradictoires de ses partenaires potentiels parmi 15 partis différents pour former une étonnante coalition de 75 députés sur 120 à la Chambre. Cela en dit long sur l’âpreté des rencontres autour du tapis vert qui attendent les diplomates arabes. À l’instar de son père spirituel Yitzhak Rabin, le Premier ministre joue la carte sécuritaire et s’est entouré d’une pléiade d’ex-généraux, de chefs de la police et des services secrets. L’homme le plus décoré d’Israël Réservé et manquant de charisme, il est paradoxalement «l’homme le plus décoré d’Israël». Ses faits d’armes sont encore partiellement sous le sceau du secret. La presse a cependant complaisamment rappelé sa prise d’assaut, lorsqu’il était jeune colonel, d’un avion de la compagnie belge Sabena détourné par un commando palestinien sur Tel-Aviv en 1972. Un an plus tard, déguisé en femme blonde, M. Barak dirige un commando qui assassine trois responsables de l’OLP à Beyrouth, la centrale palestinienne étant alors engagée dans une lutte sanglante contre Israël. Après avoir quitté l’uniforme en 1995. M. Barak sera successivement ministre de l’Intérieur et chef de la diplomatie. Il se range d’emblée parmi les faucons travaillistes, s’abstenant ainsi en septembre 1995 sur le vote de l’accord qui étend l’autonomie palestinienne en Cisjordanie. Après la défaite électorale de Shimon Peres en mai 1996, c’est tout naturellement à lui que revient la direction du Parti travailliste où il fait pourtant figure de «nouveau venu». Diplômé en physique et mathématiques et en systèmes analytiques, M. Barak est natif d’un kibboutz collectiviste. Son épouse Navah est d’origine sépharade et il est père de trois filles. Cet homme d’action est aussi un intellectuel : il aime parler littérature, est capable de citer Proust et joue du piano à ses heures. Son programme gouvernemental prévoit la reprise des négociations avec la Syrie gelées depuis février 1996 sur la base des résolutions de l’Onu, mais sans préciser comme le réclamait Damas qu’elles reprendraient là où elles avaient été interrompues. Il préconise le retrait des troupes israéliennes du Liban, mais sans préciser qu’il se fera en un an comme il l’avait promis durant sa campagne électorale. Enfin, il appelle à la relance des discussions sur le volet palestinien, mais exclut toute concession sur Jérusalem-Est (annexée). Il se prononce en outre pour le maintien de toutes les colonies juives en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, en attendant un accord définitif sur le statut de ces territoires.
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